Je suis journaliste et critique en Suisse.
I am a swiss journalist and critic.
OPÉRA - A Meyrin, «Chat Perché» a ravi par ses interprètes, tout en glaçant par moments.
«Opéra rural», l'adaptation des Contes du Chat perché de Marcel Aymé, présentée hier et avant-hier à Forum Meyrin, dans le cadre du Festival Archipel, portait bien son sous-titre. Réussie et énergique, cette mise en scène des aventures à la ferme de deux fillettes par Caroline Gautier est en effet un objet hybride, alternant la comédie et le chant, joignant l'opéra de chambre à la chorégraphie, juxtaposant enfin des préoccupations très années 1950 – robes du dimanche, leçons de géographie – et une partition contemporaine.
La ferme où devisent les jeunes filles, leurs parents et une basse-cour douée de parole est un curieux décalque des fables de La Fontaine. Au courtisan a succédé l'individu moderne, au Grand Siècle, les Trente Glorieuses et leurs bouleversements sociaux. Ainsi, entre la tyrannie du paraître qu'expose le Paon et l'enjeu crucial de quand et comment sera mangé le Cochon, une violence trouble et indéfinie traverse cet univers charmant. L'arrivée à mi-spectacle d'une panthère provoquera la catharsis.
La musique de Jean-Marc Singier accompagne pour sa part l'action sans la subvertir. Son orchestration créative (pour vents et percussions) donne la part belle à l'ensemble parisien 2e2m dont les membres, jouant des rôles sur scène, portent des costumes de Sergent Pepper animalier. Notons que le texte français chanté est toujours compréhensible.
Les interprètes convainquent. Au premier rang, les contorsionnistes Anne-Claire Gonnard et Johanna Hilaire (en photo) qui jouent les deux fillettes rivalisent de prouesses, avec naturel et sans oublier de chanter juste. Le ténor étasunien Marc Molomot (en Cochon) emporte lui l'adhésion par son jeu physique (de nombreux gags visuels lui sont réservés) et son exécution assurée. Enfin, le coulé à peine réel du danseur Salomon Baneck-Asaro (en Panthère), confine à la révélation, ce qu'a confirmé le public en l'ovationnant.
Un succès pour ce spectacle accessible. Les nombreux enfants présents ont suivi la troupe dans ses aventures vocales et chorégraphiques, les adultes ont apprécié l'équivoque de son discours.
Paru dans Le Courrier, le 24 mars 2011
Photo © Guy Vivien
«Ni plus ni moins intellectuelle que Bashung ou Mahler», voici la qualification de la musique contemporaine que donne le compositeur français Raphaël Cendo. A Genève, le Festival Archipel a débuté jeudi; l'occasion d'un examen: «musique contemporaine», territoire vivace ou éteignoir coûteux et abscons? Nécessairement synonyme de musique écrite? Des acteurs se prononcent, partition en mains, sans oublier pourtant qu'ils sont eux-mêmes auditeurs. Une certitude en préambule: l'appellation de ce champ fait problème aujourd'hui. «Le nom s'est fixé entre les années trente et cinquante, explique Nicolas Donin, musicologue à l'Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM) à Paris. Et cela fait une vingtaine d'années qu'il met tout le monde mal à l'aise.» Pour Alexandre Babel, percussionniste genevois installé à Berlin, «le terme est problématique parce qu'il n'est pas précis: 'contemporain' implique seulement que la musique est créée dans la période où elle est jouée. L'expression a en outre une connotation académique pas toujours adaptée aux ramifications qu'a pu prendre cette scène ces dernières années.» «On n'a pas trouvé mieux», lui répond Raphaël Cendo (dont l'Introduction aux ténèbresclôturera, en création suisse, le festival). Au Québec, raconte cependant Nicolas Donin, un compositeur explique «faire de la musique écrite de concert». Pour peu poétique qu'il soit, le terme du Canadien a le mérite de circonscrire le débat: il désigne une musique dont la conception précède d'un certain temps l'exécution, exige un support où elle soit transcrite et réclame qu'elle soit exécutée en public (une oeuvre n'existant que sur disque ne répond donc pas à ce critère).
LE POIDS DES PORTÉES
Mais l'écriture préalable, pratique héritée de la musique classique, n'est pas l'apanage du seul contemporain. La musique populaire travaille aussi sur partitions, remarque Raphaël Cendo (que l'on songe par exemple aux musiciens de studio employés dans les productions pop). La partition demeure centrale, martèle pour sa part Alexandre Babel, qu'on ne saurait soupçonner d'académisme maladif: il se produit également dans des cadres expérimentaux et improvisés.
Mais d'ajouter: «Jusqu'au milieu du XXe siècle, la partition était l'objet le plus fiable de transmission entre une pensée musicale et une interprétation. Depuis les partitions conceptuelles, graphiques et les nouveaux types de jeu complexe, il n'existe plus de système de notation qui fasse universellement foi.» La distance entre l'écriture et le rendu sonore qu'elle représente a grandi. Conséquence: les échanges directs entre compositeurs et interprètes sont fondamentaux, explique le musicien.
Dans cette musique, «l'écrit est toujours présent, qu'il soit visible ou invisible», poursuit Nicolas Donin. L'écriture musicale occidentale, si elle peut ne pas apparaître sur l'écran du créateur, n'en est pas moins «inscrite» dans ses outils de composition assistée par ordinateur. Pour le musicologue, le système de notation est «soluble dans des milieux techniques, qui ne sont pas une partition en papier avec des portées». Ainsi, un improvisateur qui ne lirait pas la musique mais qui utiliserait un logiciel comme Max/MSP ferait de la musique écrite? Peut-être bien.
Pour le chercheur, c'est d'ailleurs la musique électroacoustique qui a «court-circuité» l'écriture. Dès lors que, dans les années cinquante, naissait une musique utilisant la synthèse sonore ou des sons concrets, les compositeurs se trouvaient en présence de sons qu'ils ne pouvaient plus projeter sur une partition.
COMPOSER LE PUBLIC
L'heure est pourtant aujourd'hui au «transcodage», explique Nicolas Donin. Différents paradigmes, notamment la composition informatique et l'écriture sur partition sont alliés. «Les jeunes compositeurs profitent de l'hétérogénéité de ces modes de pensée pour se loger dans des anfractuosités. Ils observent ce qui se transforme quand on fait migrer un objet musical d'un monde vers un autre qui lui est étranger.» Exemple? Certains partent de sons concrets – comme une pluie enregistrée sur un toit – et en extraient informatiquement un modèle dont ils se servent pour écrire.
Contrairement à son système de notation, la création de cette musique n'est pas en crise. «Mes étudiants (qu'on entendra cette semaine à Archipel, ndlr) cherchent dans tous les horizons, explique Luis Naón, professeur de composition au Conservatoire national supérieur de Paris et à la Haute école de musique de Genève. Leurs univers vont peut-être attirer à nouveau un intérêt médiatique.»
Diffusion, la notion est lâchée. «Donner les bonnes pièces aux bons endroits et le communiquer», dans les mots du professeur. «A Paris, à Rome, il existe un public pour cette musique quand il y a publicité», renchérit Raphaël Cendo qui se désole de l'absence de place faite au contemporain dans les médias de l'image.
Nicolas Donin contraste: plutôt qu'une désaffection ou une réaffection, il existe aujourd'hui une transformation du «mode de constitution des audiences». Selon le musicologue, le public du contemporain est aujourd'hui mieux relié. Via le web, notamment, il y a «plus de circulation et de proximité pour les passionnés». Il se dit d'ailleurs surpris de la rapidité avec laquelle s'est développée la mise à disposition de documents historiques de la musique d'avant-garde sur des plates-formes comme Youtube, Dailymotion, Ubuweb ou de nombreux blogs. Un partage qui est souvent le fait de passionnés et non d'institutions.
ÉQUILIBRER LES FONDS
Qu'elle passe à la télévision ou pas, la musique contemporaine a un coût: rémunération des interprètes, des commandes aux compositeurs, soutien aux centres de recherche et aux lieux de diffusion. En Suisse, en France, en Allemagne, les pouvoirs publics l'assument en grande part. «Nous sommes plus aidés que les créateurs de jazz, expose Luis Naón, mais de par la nature de cette musique, les fonds publics sont indispensables pour que la qualité soit stimulée et maintenue.»
Le professeur cite cependant l'exemple argentin. L'Etat s'est désengagé financièrement du soutien à la création depuis cinquante ans. A la clé, «une baisse générale de qualité, mais un engouement toujours croissant pour la création contemporaine. Les compositeurs émigrent, l'élan demeure.» Outre-Rhin, observe pour sa part Alexandre Babel, l'académisme est toujours favorisé dans le subventionnement par rapport au «subculturel», mais un rééquilibrage se profile.
RESTE L'ÉCOUTE
La «musique de concert écrite» semble donc bien vivante, chez ses pratiquants et aficionados, mais aussi dans le dialogue qu'elle opère avec les auditeurs, et dans celui que le public anime de son propre chef. Au bout du compte, prosaïquement, que trouve-t-on pourtant d'unique ou de précieux dans cette musique? De l'inouï, pour Luis Naón qui s'accorde avec Raphaël Cendo à battre en brèche le mythe de l'inaccessibilité de ce style. Par rapport à d'autres musiques, «les réflexions diffèrent, mais le but demeure. Reste l'écoute», médite ce dernier.
Nicolas Donin fait un constat analogue. L'important dans le contemporain? «La concentration silencieuse. C'est l'un des seuls lieux où se produit encore ce type d'expérience: un ressaisissement de soi autour d'un objet esthétique dense. Cela distingue le contemporain de nombre d'objets culturels, que ce soient des musiques pratiquées dans des environnements non silencieux (concert de rock ou de jazz, clubs, ndlr), les arts plastiques qui n'ont pas la même unité de temps et de lieu ou le cinéma. Musiques 'classique' et 'contemporaine' ont en commun le rituel du concert; mais dans la seconde, ce qu'on entendra n'est pas déjà connu.»
Etapes sur l'Archipel. Ce samedi, grand barnum sonore à 14h. Des fanfares parties des quatre coins de la plaine de Plainpalais se rejoignent et se superposent, souvenir du compositeur étasunien Charles Ives.
Ce soir, programme Xenakis à 20h, Maison communale de Plainpalais (MCP) et première suisse de Quad (1996) oeuvre de son élève Pascal Dusapin.
Ce dimanche à 16h, MCP: Arne Deforce exécute Nomos Alpha (1966) de Xenakis, pièce qui a réinventé le jeu du violoncelle.
Lundi, première à 20h30 au Grütli de L'Arbre aux clous, performance d'un Yann Marussich fakir sur une musique d'Arturo Corrales.
Mardi, première à Forum Meyrin à 19h de l'opéra Chat perché adapté de Marcel Aymé par Caroline Gautier. Musique de Jean-Marc Singier jouée par l'Ensemble 2e2m.
Festival jusqu'au dimanche 27 mars.
www.archipel.org
Rés: tél: 022 319 61 11
Retrouvez également l'interview de Marc Texier, directeur du festival sur le site du Courrier.
FESTIVAL - Fin mars, le rendez-vous des musiques d'aujourd'hui interroge la relation entre jeunes compositeurs et glorieux aînés. Il propose aussi un grand programme Xenakis.
BENOÎT PERRIER
A la recherche du «questionnement initial de l'homme sur les sons», le festival de musique contemporaine Archipel présente un programme riche d'une vingtaine d'événements. Ce qui les rassemble? Les «sons premiers», comprendre les éléments de musiques les plus fondamentaux et ceux qui ont formé les jeunes oreilles. Entre concerts, opéra, performances et installations, sept lieux, dont la Maison communale de Plainpalais, résonneront fin mars des sonorités d'aujourd'hui. Et, dix ans après sa mort, d'un grand choix d'oeuvres de Iannis Xenakis. Beaucoup de coproductions dans cette programmation, le partage de charges qui en découle n'y étant pas étranger. Mais c'est aussi l'occasion, une fois l'an, de rassembler dans la région tous les acteurs du contemporain: Contrechamps, Centre international de percussion, AMEG, ensembles Vortex et Namascae, hautes écoles de musique, etc. L'édition 2011 présente cependant nombre de nouveaux venus. Les Swiss Chamber Concerts accorderont Schumann à Xenakis avec le pianiste américain Gilles Vonsattel. Quatre fanfares s'associeront, elles, à l'ensemble Babel pour recréer sur la plaine de Plainpalais la «collision» de plusieurs groupes jouant simultanément, expérience à laquelle Charles Ives (1874-1954) avait assisté et qui a profondément marqué sa musique ultérieure. Le festival investira également le Forum Meyrin, qui accueille la création suisse de Chat perché, un opéra basé sur les contes de Marcel Aymé et fomenté par Caroline Gautier. On notera aussi l'irruption du Fanfareduloup Orchestra, allié au pianiste improvisateur du cru Jacques Demierre, qui proposera une relecture à l'Alhambra des mélodies du jeune Nietzsche.
Souvenirs musicaux pour les uns, univers de l'enfance pour les autres, ainsi se décline la thématique de cette édition: à la fois les premiers sons entendus et la quête d'une refondation de la musique. Ce mélange d'inspiration et de filiation artistiques sera bien illustré par le concert de l'ensemble Contrechamps avec l'hommage à Bach de Harrison Birtwistle (dont le Grand Théâtre monte Punch and Judy dès le 1er avril), les chansons pour George Benjamin ou les traitements radicaux qu'impose Jonathan Harvey à l'orchestre, qui sonne comme si on l'entendait depuis le ventre de sa mère. Pour la redéfinition de la composition, Xenakis sera joué dans cinq concerts. Un grand programme donné par l'ensemble Namascae se concentrera sur ses dernières oeuvres. On attend aussi de pied ferme Nomos Alpha, morceau de bravoure pour violoncelle, de même que le Centre international de percussions jouant Pléiades, Zythos et Psappha. On en oublierait presque les salons d'écoute dédiés à la musique acousmatique (entrée libre) et une performance de Yann Marussich au Grütli sur une partition d'Arturo Corrales. Bref, de quoi faire largement réfléchir le spectateur qui saisira l'occasion pour quêter l'inouï.
Festival Archipel, du 17 au 27 mars dans divers lieux à Genève et Annemasse, www.archipel.org
MUSIQUE CONTEMPORAINE - L'ensemble genevois ne joue que de jeunes compositeurs, un défi qui lui réussit. Rencontre avant un week-end de fête.
BENOÎT PERRIER
«Pas de compositeur célèbre, ni vieux, ni mort», lâche Daniel Zea, le sourcil souriant. Par cette maxime, le musicien colombien résume le projet de l'ensemble Vortex: jouer les partitions d'aujourd'hui, et rien qu'elles. Un pari audacieux: ne les a-t-on pas souvent incités à mettre au programme quelques «noms» pour attirer le chaland? La formation s'est pourtant tenue à sa contrainte de départ et fête ses cinq ans par des concerts et une soirée électronique ce week-end (lire ci-dessous). Retour avec Daniel Zea et la hautboïste Béatrice Zawodnik sur un parcours qui défriche.
Une quarantaine d'oeuvres inédites
Au commencement, six instruments: violon, contrebasse, hautbois, guitare, percussions et électronique. Formation hétéroclite, mais Béatrice Zawodnik explique que l'ensemble s'est fondé sur des personnes, celles qui entendaient défendre la jeune musique, pas sur des pupitres déterminés à l'avance. Dès le début, quatre compositeurs (dont Daniel Zea) sont partie prenante de l'entreprise, fournissant des pièces et contribuant à la direction artistique collégiale de Vortex. «Nous jouons de la musique contemporaine de chambre, précise la hautboïste. Notre travail sans chef, collectif, est lui aussi une prise de risque.»
Visiblement, la recette fonctionne. En cinq ans, Vortex a joué plus de quarante créations en première mondiale et fidélisé un public «plutôt jeune, et pas uniquement constitué de musiciens». L'ensemble venait combler un manque, une «place à prendre» qui vient avec ses difficultés. Au premier rang desquelles, le financement. «Réaliser neuf premières par année est un énorme sacrifice budgétaire, précise Daniel Zea. Nous voudrions pouvoir mieux payer les compositeurs, être plus encore le moteur de la création.»
L'heure du bilan
Le plus dur jusqu'ici? La réponse de la hautboïste fuse: «Recevoir les partitions une semaine avant le concert». Sa corporation incriminée, Daniel Zea sourit, botte en touche et évoque le casse-tête que constitue la programmation d'oeuvres jamais jouées. Il donne l'exemple du compositeur italien Emanuele Casale, invité pour sa radicalité, qui a livré à Vortex la création la plus classique que l'ensemble ait jamais donnée.
Alors, prêts pour dix ans de plus? Les deux camarades acquiescent, mais on sent bien que pour un ensemble dont la fraîcheur définit le projet, cinq années représentent une somme. «Les jeunes compositeurs du début ne sont plus si jeunes», rit Daniel Zea. Ce qui ne l'empêche pas de rêver à «plus grand: plus d'instrumentistes, davantage de liens pour accroître les possibilités de l'ensemble».
Béatrice Zawodnik prolonge la réflexion: «Rester statique est la mort de ce genre de structure. Cinq ans est un bon moment pour faire un bilan.» D'ici là, le public connaîtra un week-end festif et riche en propositions. Quant à Vortex, il reviendra lundi au Studio Ansermet enregistrer un disque pour l'étiquette NEOS, sa future carte de visite.
Ce week-end, l'ensemble de musique contemporaine dévoile quatre de ses facettes. Samedi affiche les musiciens de l'ensemble, accompagné d'invités (accordéon, flûte, violoncelle et clarinette) dans cinq créations, dont Electric Spanking de Daniel Zea. La fête se déplace ensuite au Pachinko, aux Grottes, pour une soirée sous-titrée «Famous & Obscure Music Around the World»: elle promet quand on sait que John Menoud, homme aux sélections pointues, est l'un des compositeurs de Vortex.
Dimanche, retour au Studio Ansermet et programme mettant en vedette les élèves de cordes du Conservatoire populaire dans des partitions contemporaines. Conclusion enfin avec «Vortex électronique», une cérémonie de pure musique acousmatique. BPR
Note : «Concert de créations», sa 16 octobre, 20h. «Soirée Mucha Muchacha», sa 16, 23h. «Mythes légendes et parasites pixels», di 17, 17h. «Vortex électronique», di 17, 19h. Au Studio Ansermet (Passage de la Radio 2), sauf «Mucha Muchacha» au Pachinko (Rue des Amis 9). Rens: www.ensemblevortex.com
Paru le 14 Octobre 2010 dans Le Courrier
Rédacteur responsable de ce numéro, j'ai participé à la conception de cette publication.
MUSIQUE CONTEMPORAINE - Contrechamps et le CIP relèvent les compteurs de la musique spectrale en jouant Gérard Grisey et Hugues Dufourt. Rencontre avec ce dernier.
Le timbre comme étendard, c'est ce que proposait, en musique contemporaine, le courant spectral dès les années 1970. Le spectre en question? Celui qui décrit la proportion d'harmoniques qui compose la sonorité d'un instrument donné. Or, le connaître, c'est pouvoir le manipuler directement.
Une génération de compositeurs a orienté ses recherches et ses oeuvres dans cette voie. Ce soir, l'Ensemble Contrechamps allié au Centre international de percussion (CIP) en honore deux en donnant Sortie vers la lumière de Gérard Grisey, décédé en 1998, et Saturne de Hugues Dufourt.
Nous avons rencontré ce dernier pour évoquer cette composition de 1978 pour instruments à vent graves, percussion et lutherie électronique. En 2010, l'exécuter est un défi tant la technique de l'époque à laquelle elle a été composée la marque.
Après avoir évoqué sa formation à Genève auprès de figures hautes en couleur, comme le pianiste Louis Hiltbrand («J'étais le canard boiteux auquel il a donné sa chance, je ne lui en serai jamais assez reconnaissant») ou le compositeur Jacques Guyonnet, l'agrégé de philosophie, né en 1943, détaille le chemin qui l'a ramené à Saturne.
En 1978, cette composition représentait l'aboutissement d'un programme de recherche sur l'instrumentation.
Hugues Dufourt: Oui, j'ai constitué avec Tristan Murail toute une organologie électronique, un ensemble d'instruments. Or, nous avions fait le choix d'une technique analogique avec quelques conceptions modulaires. Mais l'ordinateur se mettait en place comme outil de composition et a tout balayé en cinq ans. Je croyais donner une oeuvre fondatrice et je me suis trompé du tout au tout.
Cette évolution rend difficile une exécution de «Saturne» aujourd'hui.
Nous avons réalisé des miracles techniques pour la reconstituer. Ne serait-ce que pour arriver à cerner le problème, qui était à la fois historique, technologique et relevant de la restauration. On ne pouvait ni numériser intégralement les résultats sonores, ni restaurer les instruments de A à Z. Ce sont des sons réélaborés il y a quinze ans – alors qu'on avait encore une mémoire fraîche – qui nous ont sauvés.
Restaurer une oeuvre de seulement trente ans, voilà une situation que ne rencontrerait pas un compositeur «acoustique».
Et pourtant. La trompette ou le trombone, par exemple, sont des instruments qui évoluent à grande vitesse. Dans notre cas, cette «accélération» nous a permis de prendre conscience de spécificités de l'histoire de la musique. Il y a des sons des années 1970 que seuls une sensibilité et la technologie de l'époque ont pu produire. Dix ans après, vous ne pouvez pas les reconstituer.
Pour l'auditeur de ce soir, des consignes d'embarquement?
Il devrait se laisser emporter par ce flot de la fin des années 1970. Tout ce que j'ai pu écrire était conditionné, porté par ces mouvements politiques qui remontent à 1968, à la lutte contre la guerre du Vietnam, à l'accueil des réfugiés de dictatures latino-américaines. Ces facteurs étaient violents, mais ils ne manquaient ni de souffle ni de tragique historique. On s'est ensuite «momifié» dans le néolibéralisme, avec des musiques qui y ressemblent.
Et aujourd'hui, qu'est-ce qui vous pousse à vous asseoir à la table pour composer?
Aborder des problèmes à grande échelle: la grande forme, la grande durée, notamment. On ne manie pas cela aisément à 40 ans, ni à 50. Aujourd'hui, je me sens davantage en mesure de les affronter. Il y a une nécessité interne qui fait que la tâche n'est pas finie. I
Paru le 28 Septembre 2010 dans Le Courrier
Photo, statue de Cronos au cimetière de Staglieno (Italie), via Wikimedia Commons
POP - Le leader de The Divine Comedy était de passage à Genève mercredi soir pour un concert mémorable. Rencontre.
On s'en doutait. La musique de Neil Hannon a beau enchanter, le sel de son oeuvre se trouve pour grande part dans ses textes. Avant son concert d'hier (lire ci-dessous), l'incarnation de la pop lettrée confirme ce sentiment («Mon existence est justifiée par l'écriture de chansons sur 'des vraies choses', pas sur des émotions cucul la praline»); et l'animateur de The Divine Comedy de se décrire comme un «auteur qui chante un peu». Un agenda ouvert et une tasse de thé posés devant lui, le Nord-Irlandais évoque sa technique et ses préoccupations de songwriter.
Cherche-t-on à accroître son public après vingt ans de carrière?
Neil Hannon: J'ai toujours une fibre «évangélique», à la recherche de nouveaux «disciples» (il rit), mais pas autant qu'à mes débuts, où je forçais les gens à entendre mes chansons. Ça s'est calmé et aujourd'hui je suis content que les gens y viennent d'eux-mêmes, si ça leur chante.
A propos d'apaisement, les textes de votre dernier disque (Bang Goes the Knighthood) paraissent plus charitables envers vos personnages.
C'est plutôt que j'écris mieux sur eux. Cela peut paraître prétentieux, mais ce type de chanson ne peut qu'aller s'améliorant: plus de sagesse, plus d'expérience, cela favorise l'empathie. Et quand j'essaie d'écrire sur les autres – même s'ils sont fictifs –, je m'efforce de brosser un tableau entier. Un personnage absolument dénué de compassion, cela n'existe pas, pas plus que quelqu'un d'entièrement bon. Excepté la chanson sur le banquier («The Complete Banker»), où j'essaie effectivement de le ridiculiser.
Un titre qui apparaît comme le plus acide et violent...
...que j'aie écrit, oui. Disons qu'il est à la mesure de la rage que j'ai ressentie contre les idiots de la finance, et il en faut vraiment beaucoup pour que je m'énerve.
Dans quelles conditions le disque a-t-il été enregistré?
Nous avons quitté Parlophone/EMI après l'album précédent, faute d'engagement de leur part, et mis en place notre propre petit label. Or le financement d'un disque, personne ne vous l'offre. Savoir que lorsqu'on entre en studio, on ne pourra pas y rester une éternité, cela «rassemble» les idées. Parfois, la récession a du bon (il rit, l'expression sortant presque verbatim des paroles de «Banker», ndlr), parce qu'on a pu avoir les meilleurs musiciens de Londres. Avec eux, on a avancé si vite! Ils sont parfaitement en place, dès la deuxième prise.
Dans ces conditions, une tournée solo est-elle un choix artistique ou financier?
Les deux. Le manque de fonds m'a donné un très bon prétexte pour réaliser un projet que j'envisageais de longue date. Certains des concerts que j'ai le plus appréciés ont été réalisés comme ça: un type et un piano – oui, je veux être Randy Newman ou Ben Folds! Cela donne d'ailleurs au public une idée bien plus transparente de ce que je fais. Au centre de la chanson, on trouve un «noyau de vérité».
Et après cette tournée?
J'ai écrit une comédie musicale, basée sur un livre pour enfants, Hirondelles et Amazones d'Arthur Ransome. La première se donnera à l'Old Vic de Bristol en décembre. J'y travaille depuis cinq ans mais j'ai cru qu'on n'y parviendrait jamais.
Organisée par Post Tenebras Rock à l'Alhambra, la soirée présentait en première partie les Genevois de Chapter, eux aussi en formation réduite. Tant leurs compositions – entre folk et gothique sudiste – que la voix de leur chanteur (semblant par instants tout juste descendue des Rocheuses) leur auront gagné des aficionados. Neil Hannon, ensuite, se présente seul sur scène, en costume noir et melon, adressant clins d'oeil et encouragements au public. Pourtant, c'est la ferveur avec laquelle il habite ses chansons qui impressionne. Leur qualité aussi, soulignée par ces versions condensées (piano-voix ou guitare-voix). Malgré les canards instrumentaux, la performance emporte: de la pop de très grande classe.
On retient un enchaînement sublime: à l'insistance d'«Everybody knows (Except You)» succède un titre récent, «The Lost Art of Conversation», le solo de guitare chanté de «Becoming More Like Alfie» et «If...», bouleversante déclaration. La pudeur ou le snobisme le font souvent oublier, mais au-delà du wit (l'esprit), les chansons de The Divine Comedy émeuvent. Le public sort, à la fois extatique et hagard de tant de sentiments traversés. Chapeau. BPR
Publié le 24 septembre dans Le Courrier
Photo CC BY-SA tompagenet
Photos CC BY-NC-ND darkmavis
GENÈVE - Deux jours gratuits d'art contemporain et de musique, ce week-end, dans la rue Lissignol et ses appartements.
Mettre l'art dans la rue, et le public avec, tout en investissant des espaces habituellement privés: voici un instantané du contenu de Baz'Art, manifestation qui anime dès demain la rue Lissignol à Genève. Au programme, des propositions d'artistes locaux qui interrogent, entre autres, le couple espace public et espace privé, une thématique judicieuse dans une rue dont les numéros 1-3 et 8 fêtaient l'an dernier vingt années d'habitat collectif (Le Courrier du 13 juin 2009). Une juxtaposition d'oeuvres, de lieux et de personnes qui entend «brasser large, de tout, de rien», plaisante la coordinatrice culturelle de l'événement, Simone Aubert. Et entre les 67 artistes et musiciens invités, les nombreux concerts, projections ou performances, il est vrai qu'on risque la désorientation.
Laver son linge sale en public
Mais guetter un heureux hasard est une manière pertinente d'aborder l'événement. Nombre d'installations s'imposeront ainsi directement au public, comme Mar'hell de Capucine Maréchal, une méga-marelle à la dimension ludique assumée, montant de Highway to Hell à Stairway to Heaven. «Nombre de créations font des clins d'oeil à l'enfance», remarque Simone Aubert, qui espère les voir nombreux ce week-end. Au-dessus de leurs têtes, La grande buée de Reto Crameri: un réseau de cordes à lessive tendues entre les immeubles – dispositif traditionnel projetant l'intime à l'extérieur – qu'habitants et visiteurs sont invités à employer.
D'autres oeuvres se présentent à l'intérieur des immeubles: Yvan le Hyaric expose un pigeon géant (pour partie, une réflexion hyperlocale sur la vie à Lissignol) dans la cour du 8-10, quand Claire Mayet monte un ossuaire de céramique dans l'entrée du 1-3, Nadine Jacquet installant dans la cave de la même allée son Phénomène naturel (matériau: lumière céleste).
Dans les appartements, on écoute des concerts intimistes, de musiques qui ne le sont pas forcément. Citons le violon amplifé d'Agathe Max, les valises sonores de Cédric Hoareau ou le rock seventies déglingué de Gonzo et Mr Wonkey Man. Tout cela sans compter, bien entendu, un «off» fait de propositions non portées au dépliant officiel. Comment donc s'y retrouver? C'est le rôle d'un point d'information, animé par les organisateurs, renseignant les participants; un centre névralgique, accoudé au bar du Baz'Art (tenu par l'équipe du Cabinet) qui, bien logiquement, reconstitue un appartement... à l'extérieur.
Qu'oublie-t-on? Entre autres, force projections, un kaléidoscope géant et une visite-performance immobilière des lieux baptisée Appartement témoin, ou encore la possibilité de contribuer à un fanzine participatif, réalisé dans les locaux d'une ex-imprimerie. Ouf! I
Note : Baz'art, manifestation gratuite sa 12 et di 13 juin, rue Lissignol, à partir de 13h. «Point d'info» dans la cour du n°8. www.baz-art.ch
Paru le 10 juin 2010 dans le Courrier.Photo CC-BY-NC nicolasnova
ÉCOLOGIE - Figure du mouvement de la décroissance, Serge Latouche relativise la notion d'économie et nous exhorte à abandonner le productivisme. Echange avec un penseur radical qui se garde bien d'être gourou.
Théoricien de la décroissance, ce courant de pensée qui prône, entre autres, une réduction volontaire de la consommation d'énergie et de matières premières, l'économiste Serge Latouche était jeudi à Genève pour un débat intitulé «décroissance ou développement durable» (un événement qu'organisaient EcoAttitude, le Réseau objection de croissance et l'association des étudiants en sciences politiques et relations internationales). L'occasion d'explorer la relation entre son plaidoyer pour une nouvelle société et la réalisation politique de ce projet. Rencontre avec un utopiste pragmatique(1).
Selon vous, le développement durable n'existe pas?
Serge Latouche: Non. C'est une contradiction dans les termes, un oxymore [il rit]. Le développement n'est pas durable: il est la transformation qualitative de la croissance, or celle-ci n'est pas durable: nous vivons sur une planète aux ressources finies, ce qui est incompatible avec une croissance infinie. Cela dit, plus que la croissance elle-même, c'est notre «société de croissance» qui est en cause, une société fondée sur une croissance pour elle-même, illimitée, et non faite pour satisfaire des besoins.
En 2005, vous écriviez que toute votre oeuvre tournait autour de la notion de «l'invention de l'économie»...
Ah oui, il est important de «casser» le schéma de pensée dans lequel l'économie est une chose naturelle, éternelle et universelle. Au contraire, elle est à la fois très récente dans l'histoire et très limitée dans l'espace. Nous vivons la fin d'une période historique, une mutation civilisationnelle. Après une ère religieuse, c'est aujourd'hui l'ère économique qui s'achève. Quelle sera la suivante, je ne le sais pas.
Par ailleurs, pour éviter une catastrophe écologique et sociale, il faut abandonner la pensée productiviste. Voyez-vous une force politique prête à le faire, voire à aller dans le sens de la décroissance?
Organisée ou institutionnalisée? Non, aucune, elle est à créer. Pourtant dans tous les mouvements politiques, il y a une fraction de militants acquise aux idées de la décroissance. Mais ils sont seulement une petite frange, y compris chez les Verts, ce qui est incroyable. L'écologie politique est à l'origine de leur démarche et a donné naissance au projet de la décroissance, ils auraient dû naturellement porter celui-ci. C'est parce que les Verts ont failli à leur mission qu'il a été nécessaire de créer le mouvement décroissant. Du moment où ils ont intégré le jeu de la politique politicienne, ils sont passés du compromis à la compromission, ils sont devenus gestionnaires du système. Des ministres de l'Environnement ont cautionné la construction de centrales nucléaires, d'autoroutes, de TGV, tout ce contre quoi les écologistes se battent.
Et, personnellement, quels compromis êtes-vous prêt à accepter?
Sur cette question, je juge très importante la distinction qu'établit le sociologue allemand Max Weber entre le savant et le politique: le premier obéit à l'éthique de la conviction, le second à l'éthique de la responsabilité. Il ne faut pas mélanger les genres. Je comprends qu'il faille des gens en politique et je les respecte; mais la politique ne se fait pas sans compromis, là où la pensée a des exigences de rigueur et de conviction qui ne les permettent pas.
Soit, mais vous ne pouvez pas nier que la décroissance propose aussi un projet politique.
Pour moi, la limite est l'engagement dans un parti. Si vous passez cette frontière, vous héritez d'obligations partisanes et vous vous engagez dans la politique politicienne. J'en parle souvent avec Yves Cochet (député vert à Paris, «décroissant», ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement en 2001 et 2002, ndlr). Il gère bien ses contradictions mais son engagement politique l'amène à avaler des couleuvres que je ne n'avalerais pas; que je refuse de me mettre en situation d'avaler. Ce n'est pas mon rôle.
Cependant, la décroissance a récemment fait irruption dans le discours des hommes et des femmes politiques, plutôt comme repoussoir que comme proposition, et souvent en déformant son concept jusqu'à le rendre méconnaissable. Comment y réagissez-vous?
Nous faisons tout ce que nous pouvons pour dénoncer les contresens, volontaires ou involontaires, que propagent les hommes politiques au sujet de la décroissance, même si nous n'avons pas accès aux grands médias. Cela dit, ce phénomène est une forme de reconnaissance qu'il y a un problème, et il peut inciter le public à s'informer et s'interroger.
Y a-t-il là une chance à saisir? Dans votre exposé jeudi, vous avez défendu l'existence de «moments où les utopies prennent corps». Pensez-vous que nous vivions une telle situation?
Nous sommes à un tournant historique, où une fenêtre s'ouvre – ce que les Grecs appelaient kairos, ce temps où les choses basculent. Le projet de la décroissance se matérialise d'ailleurs déjà, à différents endroits, à différentes échelles. Que ce soit en Amérique latine où la nouvelle Constitution équatorienne prévoit des droits pour la nature, dans certaines villes, certaines communes ou certaines régions, il y a déjà des commencements de réalisation.
Votre conviction et la radicalité de votre discours prêtent à celui-ci un aspect prophétique. Etes-vous gêné de devoir jouer au gourou?
Je gère cela assez bien. Mais, effectivement, dès qu'on commence à défendre des idées nouvelles, même si on les argumente de façon rigoureuse ou rationnelle, on ne peut pas ne pas jouer à son insu le rôle d'un prophète. Il s'agit d'en être conscient et de ne pas en abuser. J'ai toujours refusé les invitations à prendre la tête d'un parti ou d'un courant. Je respecte l'autonomie des gens. Je l'ai toujours dit, je suis opposé à la constitution d'une internationale de la décroissance. Aujourd'hui, il y a des mouvements un peu partout dans le monde, avec leur diversité et des approches différentes.
Ces variations ne vous inquiètent-elles pas?
Non, j'y suis entièrement favorable. Nous voulons sortir d'un monde unidimensionnel dont l'économicisation et la marchandisation ont détruit la diversité. Si nous sortons de l'impérialisme de l'économie, ce n'est pas pour «retomber» dans un nouvel impérialisme, c'est pour redonner place à la «pluriversalité» [lire ci-dessous]. Je n'irai pas parler de décroissance en Afrique, cela n'a pas de sens. Mais y créer une société d'abondance frugale, une démocratie écologique ou une société soutenable sont des objectifs complètement souhaitables. Les peuples africains doivent cependant le faire avec leurs propres valeurs, leurs propres instruments et leurs propres conceptions. Je souhaite que les gens s'emparent de mes idées et les adaptent à leur propre réalité. I
1 Cette conférence-débat écoutable sur le site de lachaine.ch
Comment, en tant qu'économiste, avez-vous été amené à penser en dehors, ou à côté, de votre discipline?
Cela tient en partie à mon itinéraire personnel. Au début des années 1960, frais émoulu de l'université, je suis parti en Afrique comme expert en développement. En parallèle, j'étais passionné par les cultures africaines, j'avais du Claude Lévi-Strauss dans mes bagages. Je me suis trouvé dans une situation schizophrénique: la semaine, j'étais un économiste productiviste «pur et dur» qui donnait des cours sur la planification, le week-end, j'allais en brousse avec une mentalité d'ethnologue, sans lien entre les deux.
Alors que ce dialogue entre économie et ethnologie est au centre de votre production.
Oui, un lien qui a commencé de se forger au Laos. J'y ai «perdu la foi»: en 1965-1966, j'ai observé une société qui n'était ni développée ni sous-développée. Elle était particulière, un peu hors du temps. Ce n'est pas que les Laotiens n'avaient pas de problèmes, notamment avec la guerre du Vietnam, mais la population des villages était très sereine. Elle vivait autour de la pagode et «écoutait le riz pousser» – autrement dit, une fois le riz semé, on attend qu'il pousse, on organise des fêtes. J'ai alors compris que le développement allait détruire, non un paradis, mais une société où les gens paraissaient heureux. Le développement est une forme de religion, nous étions les missionnaires d'un nouveau culte: la religion de l'économie. Elle allait rendre cette population malheureuse, lui créer des besoins qu'elle n'avait pas, sans lui donner les moyens de les satisfaire.
Et comment cette intuition s'est-elle précisée?
Rentré en France juste avant Mai 68, j'ai trouvé un poste à l'université de Lille où on m'a prié de donner un cours de philosophie économique, une demande des étudiants. Je devais avoir une prédisposition, cela m'a passionné. Je n'avais pas eu l'occasion de développer mes idées jusque-là et je me suis livré à une réflexion sur ce qu'était l'économie politique, ce qu'étaient les fondements de l'économie. L'enseignement s'est par la suite intitulé «épistémologie de l'économie politique». Je me suis alors approché de gens qui avaient des démarches parallèles. Dans les années 1970, nous étions une petite Internationale qui comptait des Suisses, comme Gilbert Riest ou Marie-Dominique Perrot. Nous avions en commun d'être liés directement ou indirectement à Ivan Illich. Mais j'étais le seul économiste, et le seul à évoluer dans ce champ. Tous les autres étaient sociologues, anthropologues, philosophes, politologues.
Autre «emprunt» disciplinaire, votre oeuvre (notamment Entre mondialisation et décroissance, l'autre Afrique) fait un recourt fréquent à la notion de pluriversalisme. Qu'entendez-vous par là?
Je refuse le concept d'universalisme culturel, ce qui ne veut pas dire que je sois contre une unité du genre humain, mais cette unité se manifeste dans la diversité. Les aspirations universelles des hommes prennent toujours des formes différentes. Le philosophe indo-catalan, Raimon Panikkar a développé l'idée d'équivalent homéomorphique: dans toute société humaine, il y a des aspirations à la dignité, à la justice, entre autres, mais elles prennent des formes totalement différentes. Il donne l'exemple des droits de l'homme, une construction occidentale qu'on retrouve sous l'aspect du dharma dans la philosophie indienne ou du li dans le confucianisme. PROPOS RECUEILLIS PAR BPR
Serge Latouche est professeur d'économie. Membre du comité de rédaction de la revue Entropia, il a écrit de nombreux ouvrages, notamment:
>Le temps de la décroissance (avec Didier Harpages), Thierry Magnier, 2010.
>Petit traité de la décroissance sereine, Mille et une nuits, 2007.
>L'invention de l'économie, Albin Michel, 2005.
>Survivre au développement, Mille et une nuits 2004.
>L'Autre Afrique: entre don et marché, Albin Michel, 1998.
BPR
Paru le 3 Mai 2010 dans Le Courrier.Photo: Serge Latouche à Udine (Italie) en 2009, CC-BY cinemich
Rédacteur responsable de ce numéro, j'ai participé à la conception de cette publication.
Collecté et édité des contributions de la CGEM (pp. 7-9).
Edité pages site neuchâtelois de la HEM (pp. 10-11).
Rédigé l'article Musique et mouvement (p. 13).
Ecrit la page Rendez-vous (p. 15).
PHYSIQUE - Mardi, au CERN, les physiciens fêtaient les premières collisions dans l'accélérateur LHC. Ce résultat, fruit du minutieux ballet de milliers de scientifiques, laisse présager une meilleure compréhension de l'univers. Reportage.
«C'est aujourd'hui qu'on disparaît?», demande le chauffeur du bus qui emmène les journalistes vers l'expérience CMS. De fait non, du moins pas tout de suite. Pourtant le Grand collisionneur de hadrons (LHC), le nouvel accélérateur de particules de l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) a bien démarré son programme mardi. La puissance de cet appareillage lui permet de produire des phénomènes jamais vus jusqu'alors et porte en lui la possibilité d'une remise à plat ou d'une extension de notre conception physique de l'univers. Dans l'anneau de 27 kilomètres qui court sous la frontière franco-suisse, les premières collisions de protons ont été enregistrées à une énergie de 7 Teraelectronvolts (quarante fois la masse du quark top, plus lourde particule jamais produite). Elles signalent le démarrage de dix-huit à vingt-quatre mois d'expérimentations. Avant ce travail pourtant, la confirmation que ce gigantesque appareil fonctionne sans accrocs –malgré deux faux départs – était un soulagement et une fierté pour les chercheurs présents.
Nous sommes au centre de contrôle de l'expérience Compact Muon Solenoid (CMS), l'une des six qui constituent le programme de recherche du LHC, il est à peu près 7 h. Les moniteurs se comptent par dizaines, devant eux des physiciens disposés en demi-cercle. Des webcams presque aussi nombreuses nous relient aux laboratoires partenaires, de l'Iran aux Etats-Unis.
Albert de Roeck a l'air affable, mais pour le moment il est un peu préoccupé. Le faisceau de protons qui courait dans le LHC a été «perdu» (par la faute d'un transformateur défectueux, apprendra-t-on plus tard). Il faudra deux à trois heures pour atteindre la fin du cycle avant de pouvoir recommencer.
Des données de qualité
Le porte-parole adjoint belge décrit le détecteur CMS. Il doit son nom à son élément principal, un aimant solénoïde extrêmement massif et compact (15 mètres de diamètre, 21,5 de long pour 14 000 tonnes). L'appareillage servira à chercher la «nouvelle physique». Il pourrait aider à comprendre le mystère de la matière noire (cette majorité de la masse qui compose l'univers que nous ne détectons pas), à l'aide du LHC dont les collisions peuvent produire des particules qui n'ont plus existé depuis le Big Bang.
CMS a un homologue, l'expérience ATLAS, qui investigue les mêmes phénomènes, mais avec une technologie complètement différente. Cette présence de deux expériences complémentaires est une pratique standard et permet de confirmer les résultats obtenus.
La contribution de Camilo Carillo, doctorant colombien, est double. Théoriquement, il a bâti une analyse qui permettra d'identifier les particules d'un nouveau type si elles sont produites; plus prosaïquement, il est l'un des responsables du spectromètre à muon. Il fait partie d'une équipe qui oeuvre dans la physique exotique. Cent personnes, peut-être plus, la composent. «La physique, ça ne se fait pas tout seul. Nous attendons des années de données, et dans ces 400 millions de collisions par seconde (une fréquence que l'accélérateur pourrait atteindre en 2011, ndlr), j'en trouverai peut-être une, un événement qui recèlera la signature que je cherche.»
Une grande part des particules que l'on cherche ici ont une durée de vie si courte qu'on ne peut les observer directement. On peut par contre enregistrer les résultats de leur décomposition ou les interactions qu'elles ont suscitées autour d'elles, leur signature.
«Des résultats révolutionnaires, c'est facile à trouver avec un détecteur défectueux», assène pour sa part Jessica Levêque, chercheuse française au CNRS. Depuis janvier 2007, elle travaille à plein temps au sein de l'expérience ATLAS. Son activité recoupe sa préoccupation d'obtenir de «bonnes données», elle oeuvre en partie pour la division data quality d'ATLAS, des techniques qui permettent de déterminer très vite si l'observation en cours est valable, plutôt que d'attendre huit heures avant de l'abandonner.
Pour l'amour de l'art
Le faisceau est perdu pour la deuxième fois ce matin. Contrairement à ses collègues, la scientifique est impatiente et soupire: «l'ordre du jour des 'gens de l'accélérateur' est parfois difficile à suivre.» Il y a en effet trois types bien différents de physiciens au CERN, les physiciens théoriques, leurs homologues expérimentateurs et les pilotes de l'accélérateur. En l'occurrence, ces derniers donnent le la.
Etre une femme dans cet univers? «Ici je suis une physicienne. J'ignore pourquoi les filles se dirigent vers les sciences dures, mais c'est un domaine privilégié puisqu'on est jugé sur la seule compétence.» Didar Dobur, en postdoctorat à l'université de Floride, n'est pas d'accord. «C'est quand même un domaine à dominante masculine, et où il est compliqué d'avoir une famille.»
La salle de contrôle d'ATLAS fourmille, les aimants continuent de monter en puissance. «On ne peut pas les presser», explique Michael Barnett, du Berkeley National Laboratory en Californie. Après la perte du faisceau, il faut continuer à accroître l'énergie qui les alimente, avant de pouvoir la diminuer et de recommencer un essai.
D'ici là, la description que le chercheur donne des domaines physiques qu'ATLAS pourrait approfondir donne le tournis: identifier la matière noire, prouver l'existence de dimensions supplémentaires (peut-être minuscules), trouver le fameux boson de Higgs (cette particule qui pourrait expliquer d'où provient la masse et, partant, la gravité). Avancer peut-être sur le chemin de l'unification des forces (la formulation d'une théorie qui s'applique aux quatre forces en jeu dans l'univers: la force gravitationnelle, la force électromagnétique, la force faible et la force forte).
Michael Barnett est le premier scientifique rencontré qui emploie les mots «beauté» et «poésie». Un peu rêveur, il souligne la portée esthétique de l'événement. Espiègle, il veut pour preuve de l'importance de cette dimension que les physiciens aiment habituellement «l'art, le chocolat, la musique et la gastronomie chinoise».
On lui laisse la responsabilité de sa conclusion, mais on ne peut pas prendre en faute la taille de son échantillon. Pas moins de 2900 scientifiques de près de 200 universités et 37 pays participent à ATLAS, une entreprise démarrée il y a seize ans. Et la métaphysique dans tout ça? Pour Jessica Levêque, le terme est suspect. «La métaphysique, nous la faisons reculer. Nous repoussons la limite où commence la spéculation.»
Le facteur cravate
Vers midi, retour au poste de pilotage de CMS, le faisceau est stable à 3,5 TeV. Tout est prêt pour la collision. Les professionnels sont concentrés, l'anticipation parcourt l'air. D'un coup, autour de 13 heures, les scientifiques se lèvent et applaudissent: la première collision est enregistrée. Mais l'éclat est bref, tout le monde reste à son poste. Quelques minutes plus tard, l'événement est confirmé.
Champagne. Cette fois-ci la joie et l'enthousiasme sont palpables. Oliver Buchmueller de l'Imperial College: «C'est génial, simplement génial. Après tout ce temps... Et nous pouvons reconstruire l'événement quasi en direct» (à la conférence de presse, le porte-parole de CMS, Guido Tonelli, expliquera que des analyses qui auraient pris des mois sont maintenant réalisées en quelques heures, ndlr). Camilo Carillo rayonne, il avertira bientôt sa famille par email. Albert De Roeck a tombé la cravate. Il explique ainsi l'échec des collisions plus tôt le matin: «Quand je la mets, ça ne marche pas». I
Le professeur Allan Clark est à la tête du Département de physique nucléaire et corpusculaire à l'université de Genève. Partie prenante de l'expérience ATLAS du CERN, il plante le décor de la nouvelle phase de recherche qui a démarré avant-hier.
Qu'attendre des premières mesures qui seront réalisées dans l'accélérateur de particules LHC?
Allan Clark: Qui sait? Les collisions seront de faible intensité pour commencer, mais tous les événements qui se produisent à ce niveau d'énergie sont intéressants. Nous analyserons ces premières collisions le plus vite possible. Dans l'immédiat, nous attendons de mesurer et de comprendre les interactions connues avec ces nouvelles données de haute énergie.
Après dix-huit mois d'expériences à 7 Teraelectronvolts et un arrêt d'un an, il est prévu de passer à 14 TeV. Qu'apportera cette montée en puissance?
Plus haute est l'énergie, plus grande est la profondeur de sondage dans la particule, et plus haute la masse des particules qu'on pourra produire. Des collisions à 14 TeV nous donneront donc accès à des particules de très haute masse, si elles existent. Sans compter qu'il y a des événements qui se produisent déjà à 7TeV qui ont plus de probabilité de se produire à 14TeV.
Les précédentes expériences réalisées au CERN ont-elles modifié le monde qui nous entoure?
Les expériences en elles-mêmes ont accru notre connaissance, apporté une valeur intellectuelle, ce qui est important. Maintenant, si nous parlons d'applications concrètes, les détecteurs utilisés dans les scanners médicaux sont, par exemple, basés sur des développements en physique des particules: il s'agit des mêmes principes de détection et d'acquisition des données. Et je n'ai pas besoin de vous parler du World Wide Web inventé au CERN, même si ce n'est pas un produit direct de notre recherche.
La puissance du LHC nous emmène loin: jusqu'à une révolution théorique?
Le Modèle Standard pourrait être développé. D'une part, nous espérons une explication de la masse des particules à l'intérieur de ce cadre, ce qu'apporterait la découverte du boson de Higgs. Ensuite, nous savons depuis les expériences du LEP au CERN et des collisionneurs au Fermilab (Chicago) et à Hambourg que le Modèle Standard des interactions fondamentales fonctionne vraiment bien: rien ne suggère qu'il n'est pas correct. Mais il y a une petite incohérence: on a découvert que les neutrinos ont une masse, contrairement à ce que prédit le modèle. Cela exige son extension. D'ailleurs, les physiciens théoriques savent que plus grande est l'énergie de collision, moins il est probable que les corrections requises par le Modèle Standard, sans l'introduction de nouvelles interactions, soient plausibles.
Et qu'impliquerait cette nouvelle physique?
Plusieurs hypothèses, développées par les théoriciens, permettraient de «stabiliser» le modèle et parmi les plus intéressantes, il y a la supersymétrie. Dans ce cadre théorique, la particule supersymétrique neutre la plus légère pourrait être un candidat pour résoudre le mystère de la matière noire dans l'univers.
Que répondez-vous à l'astrophysicien Rainer Plaga qui affirme que le LHC représente une menace pour notre planète?
Le monde ne s'effondrera pas au cours des opérations du LHC. Il n'y a aucune évidence scientifique pour cela. En plus, depuis sa création, notre Terre est en permanence bombardée de rayons cosmiques qui provoquent des collisions à très haute énergie. Quant aux «trous noirs» fabriqués dans le LHC, prédits par certains modèles appelés «extra-dimensionnels», s'il y en a, ils seront minuscules, se désintégreront très vite et n'auront donc aucun effet sur nous.
Votre travail a-t-il une incidence sur l'industrie nucléaire?
Non, aucun rapport: ce que nous étudions n'a rien à voir avec les techniques de l'industrie nucléaire.
De l'intérieur, au quotidien, comment se vit un «ballet» comme celui qu'exige la coexistence des différentes expériences et le très grand nombre de scientifiques impliqués?
Je tiens à préciser l'engagement suisse dans les grandes collaborations du LHC. L'université de Zurich, l'EPFZ et l'Institut Paul Scherrer sont impliqués dans l'expérience CMS. L'EPFL et l'université de Zurich contribuent à LHCb. Enfin, les universités de Genève et de Berne participent au projet ATLAS. Ensuite, au quotidien, la coordination est un processus assez long, et cela m'étonne parfois que ça fonctionne. Cela nécessite beaucoup de patience et de flexibilité. On finit par faire des compromis, mais jamais de nature scientifique. En définitive, cela fonctionne bien, car chaque participant partage les mêmes buts.
Et quel est votre objectif dans l'expérience ATLAS?
Pour moi et pour mon groupe de recherche, un but sera d'identifier la particule Higgs, ce qui serait en quelque sorte le «dernier clou» dans le Modèle Standard. Parallèlement, nous cherchons à identifier de possibles extensions de ce modèle. Sur ce point, on pourrait dire que nous parions sur l'hypothèse de la supersymétrie. Mais, plus prosaïquement, nous sommes des expérimentateurs: nous commençons avec des études de la performance du détecteur et l'analyse des processus connus.Ensuite, nous cherchons les éléments les plus intéressants et nous comparons avec ce que l'on connaît. Nous allons où la physique nous mène.
PROPOS RECUEILLIS PAR BPR
Pour Jan Lacki, historien des sciences à l'université de Genève, l'enjeu principal du programme d'expérimentation démarré avant-hier au CERN est de recueillir des données qui permettent de dépasser le Modèle Standard. Il s'agit de disposer de critères sur les choix théoriques à faire en physique des particules, des critères qui manquent aux physiciens aujourd'hui. Et ce dépassement est la condition à long terme de la continuation de la discipline. Pour autant, les physiciens des particules cherchent à la fois la surprise et «ce qu'ils pensent déjà». Ils ont le double espoir de découvrir la nouvelle physique et de corroborer l'actuelle. Ne rien trouver de nouveau serait une grande déception pour cette communauté de chercheurs, la discipline serait menacée de devenir strictement théorique. La collecte des données dans le LHC est une illustration du «poids» des théories actuelles dans l'expérience. Une partie des données produites par l'accélérateur est écartée d'emblée par la machine. «Perdues», elles ne seront jamais exploitées. Or ce processus de sélection repose sur des critères précis, critères qui sont en partie le produit de la théorie physique actuelle. Il existe donc un parti pris dans cette opération qui devient une expérimentation dirigée. Ce n'est bien sûr pas contraire à la méthode scientifique, mais cela montre que le regard des expérimentateurs est déjà «chargé de théorie». BPR
Dernier avatar d'une campagne juridique menée sur plusieurs continents, le groupe conCERNed (les préoccupés, ndlr) a saisi le Comité des droits de l'homme de l'ONU, lui demandant d'ordonner un arrêt du LHC et une évaluation externe des risques qu'il engendre. Un redémarrage serait conditionné à une meilleure connaissance des collisions que provoquent les rayons cosmiques (sur l'innocuité desquelles repose l'argumentation du CERN). Les craintes principales de conCERNed concernent trois productions potentielles du LHC. D'abord la création de trous noirs microscopiques (une possibilité admise par le CERN) qui, selon les opposants, pourraient ne pas se désintégrer (et donc nous engloutir). Ensuite, celle de strangelets, des éléments hypothétiques susceptibles de «contaminer» la matière environnante, transformant la Terre en boule de matière étrange. Enfin, la production de monopôles magnétiques, des particules également conjecturales qui pourraient détruire la matière autour d'elles. Le CERN a publié deux études (en 2003 et en 2008) excluant ces trois scénarios. BPR
Paru le 1er Avril 2010 dans Le Courrier.Photos © CERN, Lussa Tuura (CMS control room), Michael Hoch (CMS tracker installation)
GENÈVE - Au Théâtre du Grütli, dans le cadre du Festival Archipel, la compagnie Quivala propose «Ouvrages de gueule». Une exploration maîtrisée de l'univers de Dieter Schnebel.
Un être humain souffle, et se meut. La première activité implique d'ailleurs la seconde: il ne saurait y avoir de respiration sans déplacement. Armée de ces points de départs aussi minimes que fondamentaux, la compagnie Quivala adapte jusqu'à dimanche le compositeur allemand Dieter Schnebel, dans le cadre du Festival Archipel, au Grütli, à Genève. Avec Ouvrages de gueule, elle embrasse une oeuvre radicale des années 1970 mobilisant un répertoire d'articulations vocales. Trois corps et trois voix qui se prêtent au jeu, l'essai est transformé. Le souffle ouvre les feux. Face public, vêtus de noir, la danseuse Tamara Bacci, le poète sonore Vincent Barras et la chanteuse Dorothea Schürch halètent, inspirent, hoquètent, soupirent. Ils rient, hyperventilent ou s'étouffent. Tout commence pourtant avec de seules expirations coordonnées, mais déjà l'assemblage de ces briques infimes fait musique. Certes, la scénographie et, surtout, la présence des trois interprètes font beaucoup pour «lier» ce qu'ils présentent au spectateur. Il n'en demeure pas moins que de ces explorations respiratoires, une dramaturgie se fait jour.
Quand les danseuses investissent le plateau, les «souffleurs» les accompagnent, circulent parmi elles, leur servent de pivot. Les gestes des premières s'articulent autour de modules assez simples. On croit les surprendre en répétition: à dessein le mouvement n'est pas complètement investi, les déplacements sont détendus. La danse est encore subordonnée au souffle et, par le «flou» de la première, on perçoit mieux la cohérence des sons et la précision des trois vocalistes. Après un ultime baroud sonore, les danseuses sont seules, à chacune un registre chorégraphique et un physique (Marthe Krummenacher, explosive lolita, Stéphanie Bayle, urbaine gracile et Raphaële Teicher, souple maturité). Comme les musiciens, elles construisent avec des bribes minuscules, répétées, modifiées, assemblées. A nouveau, on se régale que «si peu» de matériel produise tant d'effet. Le pari du spectacle de «montrer la fabrique» (souligné par des projections du travail de répétition) est réussi quand le spectateur, cherchant à percer les motifs employés, glisse son regard dans les interstices de la chorégraphie. Etonnante proposition que ces Ouvrages jusqu'au-boutistes dont l'assistance sort en souriant; une réussite qui doit tout à un rigoureux travail de mise en scène et à une interprétation intense et janséniste. Gravissant les escaliers du Grütli, le public respirait différemment. BENOÎT PERRIER
Note : «Ouvrages de Gueule», Théâtre du Grütli, jusqu'à dimanche. Horaires et rés: tél: 022 328 98 78, www.grutli.ch
Publié le 23 mars dans Le Courrier
GENÈVE - Entretien avec l'un des interprètes de prédilection de Klaus Huber, compositeur à l'honneur du Festival Archipel qui débute ce soir.
«La musique n'a pas de persistance sans la transcendance», voilà le credo du compositeur suisse Klaus Huber. Cette figure singulière et mystique occupe une place importante dans la programmation du festival genevois de musique contemporaine Archipel, qui débute ce soir. L'octogénaire, présent pour l'occasion, est joué samedi 27 mars par l'ensemble zurichois Arc-en-Ciel – trois oeuvres dont son Concerto de chambre de 1994 – et ce mardi par l'ensemble Contrechamps qui donnera Die Seele muss von Reitter steigen... («A l'âme de descendre de sa monture»). Cette oeuvre inspirée par un poème du Palestinien Mahmoud Darwich a été créée par le violoncelliste zurichois Walter Grimmer, à qui elle est dédiée. Ce soliste de premier plan évoque pour nous le compositeur et sa pièce magistrale.
Vous avez noué de longue date une relation avec le compositeur Klaus Huber.
Walter Grimmer: Oui, je l'ai connu dès mes études au Conservatoire de Zurich. Je croisais dans les couloirs ce professeur de violon un peu marginal, dont on m'avait dit qu'il faisait de la composition. Plus tard nous avons joué son premier quatuor avec le quatuor de Berne. Je lui ai aussi commandé une pièce pour violoncelle et piano et j'ai créé son trio avec clarinette basse, Schattenblätter.
Jusqu'à lui demander Die Seele muss... que vous jouez mardi.
Autour de 2000, je lui ai dit: «Tu as écrit un concerto pour piano, pour violon, pour alto. Il manque un concerto pour violoncelle!» Nous étions chez moi à Paris, l'idée lui a plu. Mais en définitive, ce n'est pas du tout un concerto, plutôt un concerto de chambre où le violoncelle tient le rôle principal. Huber est quelqu'un de tellement créatif qu'on ne peut rien lui proposer sans que ça ne prenne une autre forme! Pour le texte, il a choisi un poème de Mahmoud Darwich – Huber est très ancré dans la musique, la philosophie et la poésie arabe. La pièce utilise aussi des tonalités en tiers de ton, que j'ai dû apprivoiser pour l'occasion, même si je lui avais d'abord demandé de ne pas en inclure! (il rit, ndlr) Cela dit, j'ai révisé toute la partition avec lui et il a accepté la plupart de mes modifications.
Vous êtes le créateur de cette oeuvre et vous l'avez souvent jouée depuis 2002, quel effet provoque-t-elle?
En tant qu'interprète, elle m'émeut à chaque fois. Je la trouve tellement intériorisée, et en même temps d'une telle intensité avec des parties très violentes. Dans la salle, on remarque toujours le silence à la fin de l'oeuvre, une très longue écoute avant qu'on n'ose bouger.
Et en dehors de cette collaboration privilégiée, pouvez-vous évoquer des rencontres marquantes?
Pour les compositeurs, je dirais Helmut Lachenmann: sa musique est si analytique qu'en musicien on est forcé de s'en approcher. J'ai joué son trio, son premier quatuor et sa pièce pour violoncelle, seul; j'ai beaucoup travaillé avec lui. Pour les musiciens, la rencontre avec mon maître, Maurice Gendron, a été bouleversante – j'ai d'ailleurs eu la chance d'éditer son testament artistique (L'Art du violoncelle, Schott). C'était pour moi la figure la plus marquante du violoncelle, l'idéal. On peut résumer ainsi son enseignement: beauté, clarté, vérité. I
Note : > «L'Ame se souvient» (Huber, Benjamin, Pauset), Maison Communale de Plainpalais, ma 23 mars, 20h (présentation à 19h15) rés. Service Culturel Migros ou www.archipel.org
> L'oeuvre de Huber seule est aussi jouée, lu 22 mars dans le cadre des concerts «une heure, une oeuvre» de l'ensemble Contrechamps.
La dix-neuvième édition du «festival des musiques d'aujourd'hui» démarre ce soir avec un premier concert à la Maison communale de Plainpalais. Cette ouverture illustre le thème du modèle choisi cette année et l'une de ses facettes, celle de la confrontation de créations contemporaines avec des oeuvres historiques. L'ensemble TM+ et la mezzo Sylvia Vadimova donneront donc le fondamental Pierrot lunaire de Schönberg (1914), allié à une première suisse du compositeur grec Alexandros Markéos qui utilise la même formation que le Pierrot (flûte, clarinette, piano, violon, violoncelle et voix). Demain, le Théâtre du Grütli accueille, lui, la première d'Ouvrages de gueule par la compagnie Quivala: des extraits d'une composition d'avant-garde de Dieter Schniebel datant des années septante, une partition graphique adaptée pour l'occasion pour voix et danseurs.
L'après-midi de samedi inaugurera une seconde face, celle de la nature comme source d'inspiration musicale. On aura ainsi l'occasion d'entendre des oeuvres mixtes (pour instrument traité électroniquement ou instrument et électronique) de la classe de composition de la Haute Ecole de Musique de Genève. Dimanche enfin, cette première salve – avant la seconde semaine du festival – se conclut par un concert des percussionnistes lauréats du Concours de Genève 2009. Ils opposeront la musique «spectrale» de Gérard Grisey aux approches plus bruitistes de compositeurs français «qui montent», Raphaël Cendo et Frank Bedrossian. BPR
Tous événements à la Maison Communale de Plainpalais (52 rue de Carouge) excepté «Ouvrages de Gueule» au Théâtre du Grütli ( tél: 022 328 98 78). Rés: www.archipel.org
Paru le 19 Mars 2010 dans Le Courrier.
GENÈVE - William Sheller, très en voix, figurait vendredi au programme de Voix de fête. Performance mémorable d'un artiste singulier.
On aurait souhaité que le temps s'arrête dans le sillage de «Basketball», l'un des sommets du concert en solo que donnait William Sheller vendredi. A Annemasse, dans le cadre du Festival Voix de fête, cette chanson semblait résumer une performance magnifique. Le musicien français introduisait le titre («pour s'épanouir, il faut insister»), avant de le défendre avec une aisance virtuose et une intensité constante. Le reste du récital était à l'avenant, un sans-faute qui a transporté la salle de Château-Rouge.
Très loin des modes
Cette configuration, seul sur scène à son piano, le grand public l'a découverte sur l'album Sheller en solitaire, porté par le titre «Un Homme heureux». Or ce qui était déjà palpable en 1991 se confirmait vendredi: très loin des modes, portées par une écriture singulière et rigoureuse, les chansons de William Sheller ne vieillissent pas. L'homme est friand d'arrangements élaborés, mais ces versions piano-voix «se tiennent» parfaitement, dévoilant une échine à la fois robuste et raffinée, digne et touchante. A la barre d'un Steinway qui paraît hésiter entre une extension de lui-même et une barque de laquelle il mènerait notre rêverie, il donne une vingtaine de titres, d'une force rare, de toute évidence des classiques.
L'exécution n'est pas en reste et, les deux premiers numéros passés, on admire les aptitudes vocales de ce fan des Beatles qui va sur ses soixante-quatre ans. Sur «Basketball» justement, sa voix s'impose, remplit la salle et fait frissonner quand elle s'affaiblit délibérément. Modulant ses effets, Sheller s'éloigne pourtant de toute volonté de démonstration. Parfois croit-on le surprendre se chanter pour lui-même, parfois passe-t-il des souvenirs, que la distance teinte de nostalgie. On est surpris par l'impact de ses textes à la fois intimes et pudiques, à l'instar, peu avant la fin du concert, du gracile «Centre ville».
Triomphe complice
On retiendra encore «Simplement» et son parlé-chanté, la poésie urbaine sur piano martelé des «Filles de l'aurore» et, logiquement, «Un Homme heureux». «Je ne vais pas partir sans vous la faire», s'amuse son auteur, offrant quelques minutes que la salle emportera longtemps avec elle. On apprécie l'engagement que le chanteur suscite chez le public, l'espace d'écoute qu'il ménage. On parlerait de sincérité si des escrocs n'avaient flétri le terme. Vendredi, William Sheller a reçu un triomphe complice et un respectueux plébiscite. On a admiré l'alliage, plus humble qu'on pourrait le penser, de la maîtrise et de la proximité. La marque d'une certaine classe.
FESTIVAL ARCHIPEL • Genève accueille les Journées de la création musicale suisse. Qu’est-ce que la musique contemporaine d’Helvétie?
Pas de réponse. Le nouveau conseiller fédéral Alain Berset, chargé notamment de la culture, n’a pas daigné annoncer à l’Association suisse des musiciens (ASM) s’il assisterait samedi à la remise du Prix Marguerite Staehelin, qui honore cette année le compositeur schaffhousois Beat Furrer.
CONTEMPORAIN Le compositeur genevois est à l’honneur au Festival Archipel. Rencontre avec un sensible fasciné par la dramaturgie.
Le majeur plié repose sur le menton, l’index est dressé le long d’une bouche fine, fermée. Il y a une hésitation dans cette posture du compositeur genevois Xavier Dayer, comme un défi que vous lance son regard soutenu. Il se tait et ménage le mystère. Mais vous engage à le percer.
Formée à Genève, la jeune soprano Clémence Tilquin s’illustre à l’opéra mais aussi dans la musique contemporaine. On l’entendra demain avec l’Ensemble Contrechamps au Musée d’art et d’histoire.
On la joint à Bregenz où elle joue Adina dans l’Elisir d’amore de Donizetti. La soprano formée à Genève enchaîne en effet les engagements depuis son passage dans la troupe des jeunes solistes en résidence du Grand Théâtre, un programme lancé en 2009 qui facilite les premiers pas lyriques de chanteurs prometteurs en les associant à plusieurs productions par an.
INTERVIEW Le hautboïste, compositeur et chef d’orchestre Heinz Holliger est l’un des plus célèbres artistes suisses. Rencontre avec cet amoureux impénitent de la musique à l’honneur demain d’un concert de l’Ensemble Contrechamps.
L’enthousiasme le dévore quand il parle de musique. A 72 ans, le hautboïste, compositeur et chef d’orchestre suisse Heinz Holliger écarte d’un revers de main toute suggestion de retraite. («Jouer, c’est respirer. Je ne peux pas vivre sans respirer.») Mondialement connu comme interprète – les œuvres qu’il a créées se comptent par dizaines –, il est aussi un compositeur important.
MUSIQUE Loin de Bollywood et de son industrie musicale, l’Inde possède des scènes rock et électronique inventives. Reportage à la première India Music Week où, entre concerts, rencontres et débats, musiciens et diffuseurs cherchent le futur de l’indie indien.
Le Général Dufour est à New Delhi; ou du moins sa statue équestre de la Place Neuve. Elle est projetée par Avinash Kumar du duo électronique B.L.O.T. pendant que son comparse Gaurav Malaker fait trembler les vitres de Circa 1193, un restaurant-club plutôt huppé de la capitale indienne. Sur un beat efficacement carré, ils saupoudrent leur set d’extraits de films indiens dont les danseurs reprennent les répliques-clé, visiblement des classiques: bienvenue à la première India Music Week, un événement qui s’est tenu en novembre dernier à Delhi, Bombay et Bangalore.
LE FRIC, C’EST CHIC
Les boutiques de luxe fleurissent malgré la crise, annonce la Tribune de Genève en Une de son édition du 30novembre. Elle consacre même sa page3 à l’agrandissement de la boutique Hermès de la rue du Rhône. So chic! Mais, que voit-on, ô surprise, un peu plus loin dans le journal? Une pleine page de publicité Hermès. Ben oui, ma pov’dame, les riches connaissent pas la crise, la presse si. CPR
LE FRIC, C’EST CHIC (BIS)
Ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir à deux pas de chez soi une première mondiale d’un grand compositeur du XXe siècle. Les mélomanes ont donc rendez-vous mardi avec Contrechamps, qui met à l’honneur le Hongrois György Kurtág (photo), né en 1926. L’ensemble créera une pièce qu’il lui a commandée, de Brefs messages, dirigée par le chef lausannois Olivier Cuendet – et qui lui est d’ailleurs dédiée.
MUSIQUE DE CHAMBRE • Les Swiss Chamber Concerts ouvrent ce soir à Genève une saison prometteuse. Ils sortent aussi un disque consacré à Heinz Holliger chez ECM.
On aurait tort de ne retenir du projet des Swiss Chamber Concerts que sa défense de la musique contemporaine. Si la nouvelle saison de l’ensemble de chambre affiche, dès ce soir, pléthore de créations mondiales, elle ne fait pas pour autant l’impasse sur le répertoire: aujourd’hui Brahms et Fauré transcrits; plus tard Purcell, Scarlatti ou Beethoven. La formation, qui sort son premier disque chez ECM (lire ci-dessous), va proposer à Genève, Bâle, Lugano et Zurich une série de cinq concerts très équilibrée.
SAISON • De nombreux changements en 2011-2012, mais toujours un œil sur le futur sonore et sa diffusion.
Lors du dernier concert de sa saison, l’ensemble Contrechamps a dévoilé sa saison à venir à ses abonnés. Au programme: des «Sillages» – le nom de cette série –, soit l’illustration des filiations entre compositeurs, présentant la musique qui les a nourris, la leur et celle de leurs héritiers. Plus généralement, la formation continue de défendre la musique contemporaine, mais elle étrenne nombre de changements l’an prochain.
FESTIVAL • La compositrice Rebecca Saunders est l’invitée jusqu’à dimanche des Amplitudes. Rencontre sensible sous les alternateurs.
Elle déambule dans l’ancienne usine électrique de La Chaux-de-Fonds. La compositrice britannique Rebecca Saunders tend l’oreille, déplace un lutrin, annote sa partition. Jusqu’à dimanche, l’édition 2011 du festival Les Amplitudes s’articule autour de son œuvre (après Jacques Demierre, Georges Aperghis ou Salvatore Sciarrino les années précédentes).
FESTIVAL Dix-huit mille personnes ont vibré pour l’événement phare de la musique électronique.
Le festival Electron a fait le plein de beats et de monde en ce week-end pascal. Le plus important rendez-vous de Suisse dédié à la musique électronique et numérique a attiré environ 18 000 afficionados, selon les organisateurs.
ACCÈS UNIVERSEL • Le réformateur du droit d’auteur Lawrence Lessig était au CERN
la semaine dernière pour aborder la question de l’accès aux publications scientifiques.
Comment garantir l’accès le plus large à la connaissance? En l’occurrence, comment s’assurer que chacun ait accès aux publications scientifiques? C’est le sujet de la conférence que le professeur de droit étasunien Lawrence Lessig a fait la semaine dernière à l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN), invité par l’association des bibliothécaires internationaux1.
FESTIVAL • Batteries! revient à Genève dès jeudi. Entre improvisation et expérimentation, l’occasion de goûter à des cogneurs raffinés.
Quatre concerts, quatre salles, mais un peu plus de batteurs. Dès jeudi soir, le Festival Batteries!, organisé par le Centre international de percussion, prend ses quartiers à Genève pour célébrer l’instrument dont il porte le nom. Alexandre Babel, percussionniste genevois installé à Berlin, en signe pour la troisième fois la programmation; celle-ci rassemble des têtes chercheuses de la musique improvisée et expérimentale. Passage en revue du kit.
Le soir on sort, une certitude au coeur des Etats généraux de la nuit que la Ville de Genève organisait au début du mois. Il n'en a pourtant pas toujours été ainsi, loin de là. Depuis les débuts de l'éclairage public, la nuit a été domestiquée, explique l'un des intervenants, l'historien Marco Cicchini. Dans nos sociétés, la vie nocturne a dès l'origine partie liée aux politiques de sécurité, ajoute le maître-assistant à l'université de Genève.
Quel lien fait-on au XVIe siècle entre nuit et criminalité?
La nuit crée du crime, est propice au crime. Dans la Bible, c'est le règne des ténèbres. Les édiles cherchent avant tout à dépeupler les rues autant que faire se peut. Grossièrement, ils ont l'idée que dans les rues, la nuit, on trouve des malfrats, des gens de mauvaise vie ou des gardiens de l'ordre.
Une notion que la population intégrera?
Melodie Lins, Pistil Film, No Blixt, Tagen med Hipstamatic
Ca fait envie de revoir Dawson.
#yachtrock
366 Days of Yacht Rock
Day 140: Hall & Oates - Wait For Me
In 1979 Darryl Hall and John Oates released their eighth studio album, X-Static. The album’s first single, “Wait For Me”, written by Hall, made it to #18 on the US pop charts and #23 on the adult contemporary charts. The album was co-produced by Hall and the great David Foster of the band Airplay and, well, so much more. It features Jerry Marotta of Orleans on drums and future SNL band leader G.E. Smith on guitar.
Shared by livingdancing
Une manif pour sauver #googlereader. #kindaawesome
Shared by livingdancing
De l'importance de la ponctuation.
I went to Wal Mart last night. On my way to the arts and crafts section, I literally stopped in my tracks and just stared at this shirt for upwards of 45 silent seconds before I snapped out of my reverie and instead snapped a picture.
They all know that they’re telling us America died last month, right? That it had a good run of ten years, and now it’s over? Because, I mean, this over expression of intense patriotism really did start after 9/11.
It’s all just so… something.
Shared by livingdancing
#BHL meets X-files. Sublime libelle de Sébastien Fontenelle. #bf
En principe, je suis pas spécialement fan de séries télé.
Je dis pas que ça me fait pas marrer de regarder, de temps un temps, un bout d’un vieux feuilleton, genre “Les Envahisseurs (d’outre-Méditerranée)”.
(J’ai carrément adoré le pilote, où le héros, Ivan Rioufol, découvre, après s’être égaré by night sur un inquiétant chemin de terre paumé du fin fond du Cantal, qu’il va devoir convaincre une France incrédule que les Eurabes sont partout, et qu’on les reconnaît à ce qu’ils tendent bien droit le doigt en criant qu’ils vont te niquer ta reum, sale souchien(ne), et que si nul(le) n’y prend garde faudra pas non plus s’étonner qu’ils viennent jusque dans les bras de mâme Dupont lui égorger l’entourage - si vous faites rien tant qu’il est encore temps, venez pas ensuite vous plaindre, mâme Dupont, pourrez pas dire qu’on vous aura pas prévenue, triste conne multiculturaliste.)
Mais sinon : je suis pas spécialement bon public, pour ces trucs-là.
À une exception près, toutefois : je suis assez accro, je l’avoue, à “BHL-Files” - qui est, si mes calculs sont bons, l’une de nos plus anciennes séries, puisqu’elle vient d’entrer dans sa trentième saison (tout de même).
Je suis tombé sur ce petit bijou complètement par hasard, un soir que je zappouillais en attendant “Chez FOG”, où FOG recevait Michel Lévy et Bernard-Henri Onfray pour un « débat sans concession(s), mais viril (mais sans concession(s)) » sur la philosophie bouffonne - et je suis resté scotché.
J’aime la simplicité du scénario : un homme seul - BHL, investigateur au Federal Bureau of Romanquêtes (FBR) - déjoue d’ignobles complots où des fascistes essaient de faire croire à mâme Dupont que la vérité est bel et bien ce qu’elle paraît être, alors qu’en vrai, non, en vrai, « la vérité est ailleurs », suivez le guide.
Je me rappelle un épisode particulièrement ébouriffant de la saison 9, où un réalisateur était injustement accusé d’avoir abusé d’une enfant de treize ans après l’avoir droguée, sous le fallacieux prétexte qu’il avait en effet abusé d’elle après l’avoir droguée - et pendant quarante-cinq minutes on croyait vraiment que le gars était quelque chose comme un violeur, mais à la fin, BHL (du FBR) démontrait que non, en fait, pas vraiment : « La vérité est ailleurs », lançait-il, et la vérité, mâme Dupont, est qu’en admettant que le gars ait pour de bon violé cette enfant, comme nous le savons, c’est quand même pas si grave que ça, faut pas déconner, merde alors, y a pas mort d’homme, hein ?
C’était vraiment saisissant.
Dans un autre épisode de la même saison (principalement consacrée au rétablissement de la vérité (venue d’ailleurs) sur la notion, un rien dévoyée, d’agression sexuelle), une femme de ménage noire (comme par hasard) et probablement communiste accusait le patron d’un organisme international spécialisé dans le dépouillement des populations grecques de lui avoir imposé « un rapport sexuel non consenti » - et, pareil : jusqu’au bout on pensait que le gars était sans doute pas complètement net, genre il avait soi-disant un alibi en béton armé, genre il était en train de siroter un caffè latte avec Dodo la Saumure à sixteen blocks de là, mais il avait quand même repeint la moitié de la chambre avec son ADN.
Mais à la fin, BHL (du FBR) démontrait que pas du tout : « La vérité est ailleurs, mâme Dupont », assénait-il - et la vérité est que cette foutue négr... Que l’indigne domestique a tout simplement menti, vu que le gars peut pas du tout l’avoir violée, puisque le gars peut pas du tout l’avoir violée.
(Et d’ailleurs, quelques jours plus tôt, le gars déjeunait avec Ivan Levaï - alors me faites pas rigoler, siouplé, tas de nazi(e)s pourri(e)s.)
Prodigieux.
Mais ce que je préfère, dans “BHL-Files” : c’est [1] les (nombreux) épisodes où BHL arrive à déjouer de diaboliques conspirations anti-israéliennes.
Au début de l’épisode 15 de la saison 13, par exemple : l’armée israélienne massacre des civil(e)s par paquets de cent au Liban, et vazy que je te déboîte la gueule à grands coups de bombes, Walid - et bien sûr, le spectateur, induit en erreur par le hideux spectacle de ces tueries, pense que l’armée israélienne est moyen sympa.
(Naïveté, quand tu nous tiens.)
Mais à la fin, BHL (du FBR) arrive à prouver (en interviewant un artilleur israélien hyper-convivial qui lui confie que ça lui ferait quand même un peu mal au cul de tirer sur des civil(e)s, et que son truc, à lui, ça serait plutôt de défendre Madrid avec le camarade Buenaventura Durruti) que : « La vérité est ailleurs », et qu’en vrai, tout ça est de la faute de ces maudit(e)s fascislamistes, qui cousent de grands boucliers humains avec leurs enfants de treize ans, aaaaah, putain, mais quels immondes salauds.
L’épisode 20 de la saison 15 (où le harangueur stalinien Alain Badiou fait une courte apparition, dans le rôle d’un prédicateur fondamentaliste à looooongue barbe rousse) commence pareil, à peu près : l’armée israélienne fait du hachis de civil(e)s dans Gaza, et, de nouveau (même cause, même effet), le spectateur, intoxiqué par la propagande islamonazie, trouve un peu exagérés ces bombardements intensifs de populations civiles, mais à la fin (juste quand ça commence à devenir vraiment tendu) : BHL (du FBR) établit, grâce au témoignage d’un pilote de guerre israélien qui lui promet que jamais il ne lâcherait ne serait-ce qu’une toute petite bombinette sur des civil(e)s (et que lui, ce qu’il aime, c’est danser la samba sous les cocotiers aux Maldives), que « la vérité est ailleurs », et que tout ça est encore de la faute des Arabes, qui refusent de partager leurs champs d’oliviers avec leurs voisin(e)s des colonies - et quelles tristes raclures, décidément, que ces individus.
Dans l’épisode 3 de la saison 22, vachement bien aussi, les Arabo-musulman(e)s, plus déterminé(e)s que jamais à se foutre de la gueule du monde, déclarent devant l’ONU que maintenant, s’il vous plaît, ça serait bien qu’on leur reconnaisse un État, dans les deux virgule sept kilomètres carrés de territoire que leur ont laissé les Israélien(ne)s, et le téléspectateur a bien sûr tendance à penser que ça ne serait qu’équité, en effet - mais à la fin, sensationnel coup de théâtre : BHL (du FBR), trompant la surveillance des sentinelles islamonazistes, prouve que « la vérité est ailleurs », et qu’elle est, certes, un peu navrante, mais que force est de constater avec Ehud Barak qu’il serait pour le moins très injuste, mâme Dupont, que les bougn... Que les fascislamistes gardent pour eux tous ces kilomètres carrés, or, pas de justice ?
Pas de paix.
Dans le dernier épisode, un rien mystique, mais particulièrement réussi et d’ores et déjà culte, puisque le héros de “Les Envahisseurs (d’outre-Méditerranée)” y fait (à son tour) une brève mais dense apparition, les Arabes décapiteux (les mêmes, ou pas loin, qui ont assassiné Daniel Pearl) capturent un soldat israélien, et Ivan Rioufol trouve ça vraiment salaud (et d’autant plus inconvenant que le gouvernement israélien est de son côté connu pour sa magnanimité), et là (formidable trouvaille scénaristique) : BHL (du FBR) confirme qu’en effet, c’est ultra-dégueulasse, et que, pour une fois, « la vérité », loin d’être « ailleurs », est bel et bien que ces gens sont des gros tarbas - mais que, rassurez-vous, mâme Dupont, tout va bien se passer, puisque l’Ecclésiaste stipule, d’assez longue date, que Tu Sortiras Le Soldat Des Geôles Fascislamistes [2].
J’attends avec impatience le prochain épisode, où (d’après Télé Loisirs) BHL (du FBR) arrive, paraît-il, au terme d’une romanquête (fédérale) singulièrement ardue, à démontrer que ceci n’est pas une banane.
Saison 47, épisode 2 :
Shared by livingdancingUn outil pour repérer les articles qui ressemblent trop aux communiqués ou autres annonces que les journalistes ont récupéré en les modifiant à peine. Voici à quoi sert le nouveau site churnalism.com. Churnalism? En anglais, “to churn” signifie “baratter”. “Churnalism” pourrait donc se traduire par “journalisme de barattage”.
Churnalism dépiste le journalisme de communiqué, par l'excellent @richardetienne. #prpress
Shared by livingdancing
Hé folks, @lecourrier n'appartient pas à #tamedia. Support your independent daily! #fb #li And please RT.
Tamedia AG contrôle 74% du marché de la presse suisse francophone.» L’information, qui émane d’une récente étude de l’université de Zurich1, est passée quasiment inaperçue. On comprend bien pourquoi!
Fédération de minuscules «pays» davantage qu’Etat unifié, la Suisse a longtemps cru être à l’abri de l’hyperconcentration médiatique dénoncée chez nos voisins. Mais derrière une pluralité de titres régionaux transparaissent aujourd’hui un nombre restreint de sociétés éditrices et, surtout, une logique unique: la rentabilité.
Une série de rapports commandités par la Confédération2 ont pointé les risques: «Les suppressions de postes signifient une perte de savoir, d’expérience et de capacité de recherche.» Avec la multiplication des fusions totales ou partielles, écrivent les chercheurs, «les contenus se rapprochent à tel point qu’ils finissent par tous se ressembler et les différences entre journaux payants et journaux gratuits s’amenuisent».
Les gratuits – qui depuis 2009 ont détrôné les payants en termes d’audience – ne sont en effet que la face la plus visible d’une transformation globale. Année après année, l’info divertissement grignote l’espace dévolu aux nouvelles d’intérêt public, la polémique prend le pas sur la réflexion, le commentaire disparaît ou s’affadit: trop clivant, à moins d’être badin. Une vacuité qui n’est pas pour rien dans le recul des médias concurrencés par d’autres loisirs et les réseaux sociaux.
A contre-courant, Le Courrier a lancé en mars une nouvelle formule, mettant l’accent sur le débat démocratique. Plus que jamais, notre journal mise sur des sujets originaux, enquêtes, reportages, analyses et commentaires, les armes d’un journalisme exigeant, citoyen, engagé. Face à l’info kleenex – aussitôt consommée aussitôt oubliée –, face à l’uniformisation par le bas, notre média indépendant n’a d’autre sortie que par le haut. En défendant ardemment sa différence, son savoir-faire, sa déontologie, mais sachant aussi à l’occasion être plus incisif, provocateur.
Les échos qui nous parviennent depuis sept mois sont encourageants. Ils peinent pourtant à se concrétiser en termes d’abonnements. Nous payons nos difficultés chroniques à diffuser le journal auprès de nouveaux adeptes, le contexte économique peu favorable, la migration vers des médias calibrés pour internet et, certainement, des habitudes de lecture toujours plus tournées vers l’illusion de la gratuité.
Ces difficultés ne nous découragent pas. Pour 2012, Le Courrier entend continuer à développer sa présence sur le Net. Nous mettrons aussi l’accent sur le travail promotionnel. Mais, d’ici là, nous devons absolument redresser la courbe du nombre d’abonnés. Sans quoi le budget 2012 mettrait déjà en péril nos contenus rédactionnels.
Pour cette campagne d’automne, nous avons fixé le cap sur 500 nouveaux lecteurs. Objectif qui permettrait de retrouver les chiffres noirs et pour lequel nous faisons appel à vous. Que vous parrainiez un nouveau lecteur ou que vous nous fassiez simplement connaître à un parent, voisin, ami ou collègue, vous aurez brisé le quasi-monopole que les grands groupes sont en train d’instaurer.
Durant ces huit prochaines semaines, Le Courrier marquera sa différence, à travers un concours qui se veut ludique. Il donnera aussi la parole à des personnalités qui diront en quoi leur journal préféré paraît indispensable au panorama médiatique. Pourquoi des citoyens sont prêts à investir dans la recherche d’information et le débat démocratique.
1 Annales 2011 «Qualité des médias – Schweiz Suisse Svizzera», 6 octobre 2011.
2 «Garantir la diversité de la presse». Rapport du Conseil fédéral du 29 juin 2011.
Shared by livingdancing
#np #minimal #great
Music and ethereal sounds aim at reflection and introspection while hard and rough grooves bring me back to a reality that is filled with dark suburban landscapes and the frenetic rhythms of our times. There, I encounter a conflict between emotion and rationality, like the Apollonian and the Dionysian, in continuous opposition.
fernandez manetta – process part 278 by modyfier
01. DeepChord – Spirit_Soma Records
02. Giorgio Gigli – Individual Unconscious_M_Rec Ltd
03. Monolake – Mass Transit Railway_Monolake
04. Donato Dozzy & Neel – Voice From The Lake_Prologue
05. Skudge – Void (Conforce Rmx)_Echocord Colour
06. Sigha – Politics Of Dying (James Ruskin Remix)_Our Circula Sound
07. Truncate – Truncate Dub_Truncate
08. Peter Van Hoesen – Desay Duty_Komisch
09. Tobias – Girts_Ostgut Ton
10. Moerbeck & Subjected – Mk_Vault Series
11. Sascha Rydell – Rude_Fachwerk Records
12. Quantic Spectroscopyc – Cement Enclouse_Shout Records
13. Surgeon – Those Who Do Not_Dynamic Tension Records
14. Sawf – Zelo(Radial Rmx)_Perc Trax
15. Shapednoise – Dunkel_Labrynth
Shared by livingdancing
Superb. Do read it. #autobio #pomo #media #fb
It is an occupational hazard of being a writer to be appalled by the prose style you deployed in your youth. Most of the time the flaws reflect unchecked enthusiasm, or literary clichés that have not yet worn away, or a certain inability to settle on a defined voice. But reading my own college juvenilia, I have a strange and almost total sense of disconnection. This is from a paper I wrote at the age of 19:
“The predicament of any tropological analysis of narrative always lies in its own effaced and circuitous recourse to a metaphoric mode of apprehending its object; the rigidity and insistence of its taxonomies and the facility with which it relegates each vagabond utterance to a strict regimen of possible enunciative formations testifies to a constitutive faith that its own interpretive meta-language will approximate or comply with the linguistic form it examines.”
I was a sophomore in college, and my voice on the page sounded like that of a 60-year-old Sorbonne professor, badly translated from the French.
But writing those sentences — and there are thousands like them still tracing their vagabond utterances on my hard drive — turned out to be a critical part of my education. I was, you see, a semiotics major at Brown University, during a remarkable spell in the 1980s when semiotics was allegedly the third-most-popular major in the humanities there, despite being a field (and a word) that drew nothing but blank stares at family cocktail parties and job interviews. “Ah, semiotics,” a distant relative once said to me during winter break. “The study of how plants grow in light. Very important field.”
The obscurity of the field was partly the point. In Jeffrey Eugenides’s new novel, “The Marriage Plot,” which takes place in part at Brown in the early 1980s, the heroine first stumbles across the semiotics program when a friend comes home with a copy of Jacques Derrida’s “Of Grammatology”: “When Madeleine asked what the book was about, she was given to understand by Whitney that the idea of a book being ‘about’ something was exactly what this book was against, and that, if it was ‘about’ anything, then it was about the need to stop thinking of books as being about things.”
Greek for the “science of signs,” semiotics as a field dates back to fin de siècle philosophers and linguists like C. S. Peirce and Ferdinand De Saussure; in modern times it is most commonly associated with Umberto Eco. The general thrust of pure semiotics is a kind of linguistics-based social theory; if language shapes our thought, and our thought shapes our culture, then if we are looking for a master key to make sense of culture, it makes sense to start with the fundamental structures of language itself: signs, symbols, metaphors, narrative devices, figures of speech. You could interpret a Reagan speech using these tools as readily as you could a Nike ad.
Yet when I arrived at Brown in the mid-80s, there were dozens of splinter groups huddled beneath the semiotics flag: Derrida’s deconstruction, post-Freudian psychoanalysis, postfeminism, poststructuralism, cultural studies. (We were post- a lot of things, it seemed at the time.) Insiders rarely talked about “semiotics,” in fact. The umbrella term was just Theory, with a capital T. Theorists like Derrida and Michel Foucault were heroes on many college campuses around that time, but somehow having a dedicated major that announced your allegiance — instead of hiding behind a more traditional degree in philosophy or English — made the affinity more pronounced.
Some of this was posture, to be sure. “Going to college in the moneymaking ’80s lacked a certain radicalism,” Eugenides writes. “Semiotics was the first thing that smacked of revolution. It drew a line; it created an elect; it was sophisticated and Continental; it dealt with provocative subjects, with torture, sadism, hermaphroditism — with sex and power.”
Embracing semiotics came with certain costs. In my own case, I spent most of my mid-20s detangling my prose style. (It got younger as I got older.) I now spend more time learning from the insights of science than deconstructing its truth claims. I slowly killed off the desire to impress with willful obscurity. During my grad school years, I took a seminar on Derrida to which Derrida himself paid a surprise visit, modestly answering our questions with none of the drama I had imagined reading his written words on the page. He seemed, amazingly, to be saying something, rather than just saying something about the impossibility of saying anything. In one cringe-inducing moment, a peer of mine asked a rambling, self-referential question that began by putting “under erasure” the very nature of an answer. I remember breaking into a broad smile when Derrida responded, after a long pause, “I am sorry, but I do not understand the question.” It seemed like the end of an era: Derrida himself was asking for more clarity.
But there was more than just the-latest-from-France fashion to semiotics in those years. As a good friend once observed, it left many of us with an intoxicating sense that the everyday world — particularly the world of media — contained a secret layer of meaning that could be deciphered with the right key. (Some of that allure was packaged neatly into the “Symbology” discipline of the “Da Vinci Code” novels.) As we grew older, many of us started using different conceptual tools, but it was that initial rush during our semiotics years that got us started: that exhilarating feeling of being 20 and gaining access to a hidden world of knowledge. By the time I started writing books about technology and media in my late-20s, the sentences were shorter and the arguments less prone to putting themselves under erasure, but what animated my work was the sense that computer interfaces or video games had a subtle social meaning to them that was not always visible at first glance. That perspective was also the legacy of my semiotics years, and it turned out to be much more durable than the prose style.
I know of very few friends from that period who continue to practice Theory as it was taught to us then. But a striking number of semiotics students have gone on to influential careers in the media and the creative arts. (Perhaps anticipating this development, during my tenure at Brown the concentration was renamed Modern Culture and Media.) NPR’s Ira Glass, the novelist Rick Moody, the filmmaker Todd Haynes, Eugenides himself — all spent their formative years in the semiotics program. The antihero of Sam Lipsyte’s hilarious 2010 novel, “The Ask,” takes theory classes at a college clearly modeled on Brown. (Lipsyte was in fact my roommate for most of my college career; I like to think the stinging parodies of semio-babble in that book were modeled on his other friends.) A long list of aspiring semioticians went on to play important roles in the early days of digital media. Looking back, I suspect the semiotic worldview — with its constant emphasis on “textual play” — gave us conceptual antennas that helped us tune in to the hypertextual chaos of the Web when it first emerged.
Semiotics, for all its needless complications, still taught us to look for new possibilities in the ordinary, turning signs into new wonders. For all our talk about being post-everything, the most interesting thing about us turned out to be what we were pre- .
Steven Johnson, a co-creator of Findings.com, is the author, most recently, of “Where Good Ideas Come From” and the editor of “The Innovator’s Cookbook.”
Shared by livingdancing
Autruche (nf.) : dispositif pour faire une sieste au bureau. #design
(pocket pillow for nap, 2011)
Working patterns are constantly evolving. We gradually spend more time in our working environments, and this in turn means that we often need to make work and rest fully compatible within the same space. Some cultures have assimilated this concept more naturally than others, but in general the workplace has rarely adapted to this new working-resting paradigm.
OSTRICH offers a micro environment in which to take a warm and comfortable power nap at ease. It is neither a pillow nor a cushion, nor a bed, nor a garment, but a bit of each at the same time. Its soothing cave-like interior shelters and isolates our head and hands (mind, senses and body) for a few minutes, without needing to leave our desk.
Shared by livingdancing
L'excellent @matoswk75 pense du bien du nouveau The Field. #music #criticism
Loops are like riffs — some have it, some don’t. The artists that create the best loops — Armand Van Helden in his late-’90s prime is the best example — find and/or chop up something kinetic. The Field’s Axel Willner is different because he’s going for something more meditative, even as his hard four-to-the-floor beat moves bodies. His music undulates and comes at the listener in waves, a distension that creates a sense of longing. They’re bite-sized and broad-canvas at the same time: you want to know how the loop ends, damn it. Especially if you’re already hooked on Willner’s way with squeezing a well-known piece of music, be it the Flamingos’ (and doo-wop’s) masterpiece, “I Only Have Eyes for You” or Lionel Richie’s “Hello” (from “From Here We Go Sublime” and “A Paw in My Face,” respectively, both from 2007′s From Here We Go Sublime), until it seems alien and all the more beguiling.
Title to the semi-contrary, Looping State of Mind is more composed than either Sublime or its undersung follow-up, Yesterday and Today. Here, Willner’s sound is both harder and sleeker. But even if gauziness is part of what you go to its predecessors for, Looping‘s sharper focus actually makes it more immersive, not less: These are structures to get lost inside. It’s easily the Field’s funkiest album, while still remaining lush and widescreen. “Is This Power” kicks if off like a homespun variation on epic trance — a Field touchstone since his first single, “Love vs. Distance,” in 2005 — before cutting down to strutting post-punk bass, then returning to normal, only funkier. The same basic formula (including bass break) applies to soothing monsters like “Arpeggiated Love” and “It’s Up There,” where dozens of details emerge at the music’s edges, but the big picture is most important of all.
Shared by livingdancing
J'avais pas vu cette excellente traduction signée @Romain_Pigenel. #primaire #ump #copé
Cette semaine, Jean-François Copé a pris sa plus belle plume pour rompre le silence et s’adresser aux militants de son parti, sans doute un peu perdus dans la socialomania actuelle. Variae s’est procuré un exemplaire de la missive et a décidé, dans un esprit de justice et d’équité républicaines, de la publier in extenso, pour rétablir l’équilibre du temps de parole sur ce blog qui sert beaucoup trop de tribune à de dangereuses idées gauchistes. Mais l’on n’entre pas aussi simplement dans le langage du lider maximo de l’UMP, qui recèle son lot de subtilités, d’équivoques, de métaphores et de faux-amis. Afin de faciliter la lecture de ce courrier et de le rendre accessible au plus grand nombre, Variae vous en propose, à titre gracieux, une traduction simultanée, en dessous du texte d’origine (en gras).
Chère Amie, Cher Ami,
Sarkozyste, sarkozyste,
Ne vous laissez pas impressionner par le battage médiatique autour des primaires PS et de ce prétendu élan. L’heure est au contraire à la mobilisation.
On prend cher médiatiquement, je ne vais même pas essayer de vous raconter l’inverse. Plus personne ne parle de nous, y en a que pour ces satanées primaires. S’il vous plait, faites quelque chose pour éviter qu’on se ramasse totalement. S’il vous plait. NE ME LAISSEZ PAS SEUL.
Avec quelques 2,5 millions de votants selon les dires du PS, la participation a été intéressante. Mais si on prend les 45 millions d’électeurs inscrits, à peine 5 électeurs sur 100 se sont déplacés pour voter aux primaires. A titre de comparaison, la braderie de Lille, chère à Martine Aubry, arrive à réunir chaque année 3 millions de visiteurs…
Le raz-de-marée dans les urnes dimanche dernier a dépassé nos pires craintes. On a fait tout ce qu’on a pu pour perturber leur organisation et faire peur aux électeurs, mais malgré tout dix fois plus de personnes se sont déplacées pour voter pour le candidat socialo que pour investir Sarko en 2007. A titre de comparaison, on n’a jamais été foutu d’attirer plus de 16 000 gogos sur les Créateurs de Possibles …
Ensuite, contrairement à ce qu’il nous a été martelé, le score entre Martine Aubry et François Hollande est beaucoup plus serré que pronostiqué. Cela laisse les jeux plus ouverts que prévu et avec un arbitre inattendu en la personne d’Arnaud Montebourg, qui se situe à gauche de la gauche. En clair, pour gagner la primaire socialiste, les deux finalistes devront reprendre à leur compte les thèmes développés par Arnaud Montebourg !
Ensuite, contrairement à ce qu’on avait espéré, on n’a pas échappé à un deuxième tour entre Aubry et Hollande et à une semaine de plus d’occupation de la télé et de la radio. Ces deux-là vont l’ouvrir encore plus que prévu et, « les merdes volant en escadrille » comme disait notre maître à tous le grand Jacquot, on doit aussi se taper Arnaud Montebourg, qui jacasse sur la « corruption du système sarkozyste ». En clair, d’ici la fin de la primaire socialiste (je ne sais pas si c’est singulier ou pluriel, alors dans le doute je mets une fois l’un et une fois l’autre), les deux finalistes devront cogner comme des sourds sur Sarko, Takkiédine et tout le reste pour faire plaisir aux dingues qui ont voté pour l’autre excité !
Dans quelques jours, nous aurons enfin un adversaire identifié qui devra donc assumer. Pour nous, cela va tout changer. Nous allons pouvoir mener la charge et lui demander des comptes, sur son projet pour la France et les Français et sur la façon dont il fera l’impossible synthèse entre les propositions contradictoires et irréalisables que nous avons entendues durant cette primaire et qui s’ajoutent déjà au programme irréaliste du PS adopté en mai.
Dans quelques jours, ils vont arrêter de s’engueuler entre eux. Pour nous, ça ne va rien arranger. J’ai bien réfléchi avec Juppé et Baroin, je ne vois rien d’autre à faire qu’essayer de trouver deux-trois propositions contradictoires pour montrer qu’ils ne sont pas d’accord sur tout. OK, on avait déjà essayé avec leur programme sans que ça marche, en mai dernier, mais si vous avez une meilleure idée, ben vous avez mon mail, hein !
Le PS se dévoile enfin, avec un projet qui sera à gauche toute (droit de vote des étrangers, emplois jeunes, emplois publics, explosion des dépenses et des impôts, démondialisation…).
En plus ils ratissent large : un coup je fais plaisir aux étrangers, un coup aux jeunes, un coup aux fonctionnaires, un coup à ceux qui aiment pas les riches, un coup aux déçus de la mondialisation …
Dans ce combat qui s’annonce, gauche contre droite, projet contre projet, j’ai besoin de vous, de votre mobilisation derrière nos valeurs et notre candidat Nicolas Sarkozy!
Devant cette branlée qui s’annonce, devant cette « bonne gauche que va se prendre la droite » comme diraient les rouges, devant ce Waterloo où on n’a même pas de projet à présenter (il fout quoi Le Maire ?), ne me lâchez pas, j’aimerais bien ne pas complètement me faire humilier par la faute de Balladur Junior !
La victoire en 2012 se construit maintenant. Allons-y ensemble ! Je compte sur vous !
Ca va quand même être dur de me présenter en 2017 si je me fais exploser en 2012. Et j’aime autant vous prévenir, je tomberai pas tout seul ! Je retiens vos noms !
Jean-François COPÉ
Un gars qui aimerait bien devenir président un jour QUAND MEME.
Traduction : Romain Pigenel.
Shared by livingdancing
Great piece by @Richvn in Nature on scientific paper retractions.
Published online 5 October 2011 | Nature 478, 26-28 (2011) | doi:10.1038/478026a
News Feature
A surge in withdrawn papers is highlighting weaknesses in the system for handling them.
This week, some 27,000 freshly published research articles will pour into the Web of Science, Thomson Reuters' vast online database of scientific publications. Almost all of these papers will stay there forever, a fixed contribution to the research literature. But 200 or so will eventually be flagged with a note of alteration such as a correction. And a handful — maybe five or six — will one day receive science's ultimate post-publication punishment: retraction, the official declaration that a paper is so flawed that it must be withdrawn from the literature.
It is reassuring that retractions are so rare, for behind at least half of them lies some shocking tale of scientific misconduct — plagiarism, altered images or faked data — and the other half are admissions of embarrassing mistakes. But retraction notices are increasing rapidly. In the early 2000s, only about 30 retraction notices appeared annually. This year, the Web of Science is on track to index more than 400 (see 'Rise of the retractions') — even though the total number of papers published has risen by only 44% over the past decade.
Perhaps surprisingly, scientists and editors broadly welcome the trend. "I don't think there's any doubt that we're detecting more fraud, and that systems are more responsive to misconduct. It's become more acceptable for journals to step in," says Nicholas Steneck, a research ethicist at the University of Michigan in Ann Arbor. But as retractions become more commonplace, stresses that have always existed in the system are starting to show more vividly.
When the UK-based Committee on Publication Ethics (COPE) surveyed editors' attitudes to retraction two years ago, it found huge inconsistencies in policies and practices between journals, says Elizabeth Wager, a medical writer in Princes Risborough, UK, who is chair of COPE. That survey led to retraction guidelines that COPE published in 2009. But it's still the case, says Wager, that "editors often have to be pushed to retract".
Other frustrations include opaque retraction notices that don't explain why a paper has been withdrawn, a tendency for authors to keep citing retracted papers long after they've been red-flagged (see 'Withdrawn papers live on') and the fact that many scientists hear 'retraction' and immediately think 'misconduct' — a stigma that may keep researchers from coming forward to admit honest errors.
Perfection may be too much to expect from any system that has to deal with human error in all its messiness. As one journal editor told Wager, each retraction is "painfully unique".
But as more retractions hit the headlines, some researchers are calling for ways to improve their handling. Suggested reforms include better systems for linking papers to their retraction notices or revisions, more responsibility on the part of journal editors and, most of all, greater transparency and clarity about mistakes in research.
The reasons behind the rise in retractions are still unclear. "I don't think that there is suddenly a boom in the production of fraudulent or erroneous work," says John Ioannidis, a professor of health policy at Stanford University School of Medicine in California, who has spent much of his career tracking how medical science produces flawed results.
In surveys, around 1–2% of scientists admit to having fabricated, falsified or modified data or results at least once (D. Fanelli PLoS ONE 4, e5738; 2009). But over the past decade, retraction notices for published papers have increased from 0.001% of the total to only about 0.02%. And, Ioannidis says, that subset of papers is "the tip of the iceberg" — too small and fragmentary for any useful conclusions to be drawn about the overall rates of sloppiness or misconduct.
Instead, it is more probable that the growth in retractions has come from an increased awareness of research misconduct, says Steneck. That's thanks in part to the setting up of regulatory bodies such as the US Office of Research Integrity in the Department of Health and Human Services. These ensure greater accountability for the research institutions, which, along with researchers, are responsible for detecting mistakes.
The growth also owes a lot to the emergence of software for easily detecting plagiarism and image manipulation, combined with the greater number of readers that the Internet brings to research papers. In the future, wider use of such software could cause the rate of retraction notices to dip as fast as it spiked, simply because more of the problematic papers will be screened out before they reach publication. On the other hand, editors' newfound comfort with talking about retraction may lead to notices coming at an even greater rate.
"Norms are changing all the time," says Steven Shafer, editor-in-chief of the journal Anesthesia & Analgesia, who has participated in two major misconduct investigations — one of which involved 11 journals and led to the retraction of some 90 papers.
But willingness to talk about retractions is hardly universal. "There are a lot of publishers and a lot of journal editors who really don't want people to know about what's going on at their publications," says New York City-based writer Ivan Oransky, executive editor at Reuters Health. In August 2010, Oransky co-founded the blog Retraction Watch with Adam Marcus, managing editor at Anesthesiology News. Since its launch, Oransky says, the site has logged 1.1 million page views and has covered more than 200 retractions.
In one memorable post, the reporters describe ringing up one editor, L. Henry Edmunds at the Annals of Thoracic Surgery, to ask about a paper withdrawn from his journal (see go.nature.com/ubv261). "It's none of your damn business!" he told them. Edmunds did not respond to Nature 's request to talk for this article.
The posts on Retraction Watch show how wildly inconsistent retractions practices are from one journal to the next. Notices range from informative and transparent to deeply obscure. A typically unhelpful example of the genre would be: "This article has been withdrawn at the request of the authors in order to eliminate incorrect information." Oransky argues that such obscurity leads readers to assume misconduct, as scientists making an honest retraction would, presumably, try to explain what was at fault.
To Drummond Rennie, deputy editor of the Journal of the American Medical Association, there are two obvious reasons for obscure retraction notices: "fear and work."
The fear factor, says Wager, is because publishers are very frightened of being sued. "They are incredibly twitchy about publishing anything that could be defamatory," she says.
'Work' refers to the phenomenal effort required to sort through authorship disputes, concerns about human or animal subjects, accusations of data fabrication and all the other ways a paper can go wrong. "It takes dozens or hundreds of hours of work to get to the bottom of what's going on and really understand it," says Shafer. Because most journal editors are scientists or physicians working on a voluntary basis, he says, that effort comes out of their research and clinical time.
But the effort has to be made, says Steneck. "If you don't have enough time to do a reasonable job of ensuring the integrity of your journal, do you deserve to be in business as a journal publisher?" he asks. Oransky and Marcus have taken a similar stance. This summer, for example, Retraction Watch criticized the Journal of Neuroscience for a pair of identical retraction notices it published on 8 June: "At the request of the authors, the following manuscript has been retracted."
But the journal's editor-in-chief, neuroscientist John Maunsell of Harvard Medical School in Boston, Massachusetts, argues that such obscurity is often the most responsible course to take. "My feeling is that there are far fewer retractions than there should be," says Maunsell, who adds that he has conducted 79 ethics investigations in more than 3 years at the journal — 1 every 2–3 weeks. But "authors are reluctant to retract papers", he says, "and anything we put up in the way of a barrier or disincentive is a bad thing. If authors are happier posting retractions without extra information, I'd rather see that retraction go through than provide any discouragement."
At the heart of these arguments, says Steneck, lie shifting norms of how responsible journal editors should be for the integrity of the research process. In the past, he says, "they felt that institutions and scientists ought to do it". More and more journal editors today are starting to embrace the gatekeeper role. But even now, Shafer points out, they have only limited authority to challenge institutions that are refusing to cooperate. "I have had institutions, where I felt there was very clear misconduct, come back and tell me there was none," Shafer says. "And I have had a US institution tell me that they would look into allegations of misconduct only if I agreed to keep the results confidential."
Discussions on Retraction Watch make it clear that many scientists would like to separate two aspects of retraction that seem to have become tangled together: cleaning up the literature, and signalling misconduct. After all, many retractions are straightforward and honourable. In July, for example, Derek Stein, a physicist at Brown University in Providence, Rhode Island, retracted a paper in Physical Review Letters on DNA in nanofluidic channels when he found that a key part of the analysis had been performed incorrectly. His thoroughness and speed — the retraction came just four months after publication — were singled out for praise on Retraction Watch.
But because almost all of the retractions that hit the headlines are dramatic examples of misconduct, many researchers assume that any retraction indicates that something shady has occurred. And that stigma may dissuade honest scientists from doing the right thing. One American researcher who talked to Nature about his own early-career retraction said he hoped that his decision would be seen as a badge of honour. But, even years later and with his career established, he still did not want Nature to use his name or give any details of the case.
There is no general agreement about how to reduce this stigma. Rennie suggests reserving the retraction mechanism exclusively for misconduct, but that would require the creation of a new term for withdrawals owing to honest mistakes. At the other extreme, Thomas DeCoursey, a biologist at Rush University Medical Center in Chicago, argues for retraction of any paper that publishes results that are not reproducible. "It does not matter whether the error was due to outright fraud, honest mistakes or reasons that simply cannot be determined," he says.
A better vocabulary for talking about retractions is needed, says Steneck — one acknowledging that retractions are just as often due to mistakes as to misconduct. Also useful would be a database for classifying retractions. "The risk for the research community is that if it doesn't take these problems more seriously, then the public — journalists, outsiders — will come in and start to poke at them," he points out.
ADVERTISEMENT
<div><a href="http://ad.doubleclick.net/jump/news@nature.com/;abr=!NN2;artid=article-one;pos=left;sz=300x250;ptile=2;ord=123456789?"><img src="http://ad.doubleclick.net/ad/news@nature.com/;abr=!NN2;tile=1;ord=123456789?" alt="Advertisement" /></a></div>
The only near-term solution comes back to transparency. "If journals told readers why a paper was retracted, it wouldn't matter if one journal retracted papers for misconduct while another retracted for almost anything," says Zen Faulkes, a biologist at the University of Texas–Pan American in Edinburg, Texas.
Oransky agrees. "I think that what we're advocating is part of a much larger phenomenon in public life and on the Web right now," he says. "What scientists should be doing is saying, 'In the course of what we do are errors, and among us are also people that commit misconduct or fraud. Look how small that number is! And here's what we're doing to root that out.'"
Richard Van Noorden is an assistant news editor for Nature in London. For more analysis of retraction statistics, click here.
Shared by livingdancing
As always, 3eanuts and Schulz lead in the matter of existential questions.
December 11, 1982 — see The Complete Peanuts 1979-1982
taken from TheQuietus.com
Living as I do, in a commuter-belt limbo boasting a citizenship of peculiarly large forehead size, it’s not every day I get the chance to drop a name. But as I puzzled over Carrier, a chance Google search revealed to me that I used to hang out with this guy once upon a time. The Jack Stevens I knew was a reticent metalhead playing dextrous sheet-glass guitar for local Darkthrone-a-likes, Niroth. Metal fans are an obstinate bunch by reputation – perhaps the most tribal of cliques. Those who dare dabble in other arenas are often treated by their peers with marked suspicion. Being true to True Metal requires a complicated hopscotch: step on the wrong square and you risk sullying (pun intended) your metal name. That said, there’s almost always an exception to prove the rule. I’ve known many a hardcore metaller harbouring a secret love for the likes of ABBA, the Commodores, ELO – even cheesed-out happy hardcore and Euro-trance. This very website is testament to the diverse tastes of even the most dedicated metal fans. Still, I couldn’t help feeling perplexed, upon our last encounter, to find Jack Stevens shorn of head and affecting a rude Jafaican drawl – the kind of behaviour that’d get you turfed out the True Metal Fan Club faster than you can growl “The Splendour Of A Thousand Swords Gleaming Beneath The Blazon Of A Hyperborean Empire (Part III)”.
Shared by livingdancing
Turntablism not dead. Sublime track de DJ Shadow pour se glisser dans l'aprèm. #bf #fb #melancholy
I recently interviewed DJ Shadow for a Rolling Stone video thing. At some point in our conversation, I made a point of asking him about this song. At the time we talked, I had the record but not any liner notes, so I was curious as to how much of this composition was made up of live instrumentation. By his reckoning, this track is about 90% samples pulled from a variety of sources. This sort of blows my mind, but it really shouldn’t – a lot of his best work comes out of this incredible ability to take bits and pieces from all over the place and making it sound like a live, organic performance. “Scale It Back” truly sounds like an excellent band playing live in a room, with Little Dragon’s Yukimi Nagano right there with them, turning in what could be the best vocal performance of her career to date. Even aside from pulling off this incredible compositional/production trick, there’s something really magical about the sound of this song. It’s low key but overwhelmingly romantic – there’s this sort of sinking feeling to it. It makes you feel as though you’re literally falling in love.
Buy it from Amazon.
Shared by livingdancing
Causalité inverse: comment recréer les filtres Instagram avec des appareils et films vintage. #photography
At 1000memories, we have a particular fondness for old stuff (if you can’t tell by our homepage). That’s why we’ve always liked Instagram. It celebrates the old, vintage aesthetic of the film photos of yore. But there’s a lot of history behind the photo filter that many folks are not aware of—in fact, none of the photo apps you know today would exist without the vintage photography that inspired them. So we set out to hack the formula to recreate the look of the analog Instagram filters using the technology that inspired them in the first place—vintage cameras and film.
Here’s how we did it.
First, we chose cameras based on the general aesthetics they apply to photos. Then we whittled them down to the choices below based on how those effects matched up to Instagram filters. Since these cameras are vintage, some of them are out of production, but you can find all of them for sale at flea markets, thrift stores, or online.
Lomo LC-A+
The Lomo LC-A is a 35mm camera that gives you radiantly colored, contrasting and vignette images. The original LC-A was introduced in 1984, and in 2006 Lomography unleashed its successor, the LC-A+.
Polaroid Land Camera
The Polaroid Land Camera comes in a variety of models, all of which allow you to produce instant, self-developing images straight from the camera. Polaroid sold the first Land Camera in 1948 and continued production until 1983.
Polaroid SX-70
The Polaroid SX-70 is a high-end folding Polaroid camera produced from 1972 to 1981, making it a collector’s item among instant-film fanatics. Both the SX-70 and the Polaroid Land Camera use the same film, but most SX-70’s will autofocus (a feature we take for granted on digital cameras), so you’re more likely to get sharper photos with your subject in focus.
Holga
The Holga is famous for its dreamy, lo-fi aesthetic. Every Holga is different, but you can expect your photos to have some combination of blur, vignette (dark edges), and light leaks (blobs of light and color in your photo).
DIANA+
In the early 1960s, the Diana was a cult legend and has recently seen a resurgence in popularity with the Diana+, produced today by Lomography. Dianas, like Holgas, are known as “toy cameras,” with plastic lenses for soft, dreamy photos and fragile bodies perfect for creating light leaks.
Holgaroid (Holga + Polaroid)
Holgaroid is a Holga with a Polaroid film attachment on the back, allowing you to create custom, dreamy Polaroid prints with a strong vignette around the edges.
Yashica Mat 124G
The Yashica Mat Twin Lens Reflex (TLR) is a vintage collector’s camera manufactured between 1970 and 1986. It produces astoundingly sharp portraits without breaking the bank.
Next, we researched different film and processes. As avid film shooters, we had a general idea of what certain films look like and how they react to different types of processing.
Here’s a quick rundown of how color film processing works:
There are two types of color film—color negative film, which is normally processed in a chemical solution called C-41, and slide film, which is normally processed in a chemical solution called E-6.
If you want to switch things up a bit, you can develop your film in the opposite chemical solution that it’s intended for, resulting in dramatic shifts in color and exposure. This is called cross-processing. Most professional photo labs will do this for you—just ask for cross-processing when ordering.
The most common type of cross-processing is done with slide film, such as Fujichrome Velvia or Kodak Ektachrome. Different films react differently to cross-processing, and some films cannot be cross-processed at all (i.e. black and white film).
With instant film, it’s a different process entirely. The developing is done within the film as soon as you take the photo, and what results is a fully developed photo within a minute or two. To make up for the lack of processing options, both Polaroid and the Impossible Project have made a large number of films that produce a variety of colors and aesthetics. There are lots of options to choose from.
These are the film + process combos we found that produced colors most similar to the original analog filters.
Fujichrome Velvia 50 (Cross-Processed)
Velvia 50 film provides warm, saturated tones when processed normally. When cross-processed, the colors shift to aquas and greens.
Polaroid 600
Polaroid 600 Polaroid 600 film is a self-developing instant color film that is often true-to-color, though shades may vary depending on conditions.
Polaroid 600 (Expired)
When used past its expiration date, Polaroid 600 instant film can produce images with a faded color cast ranging from orange to yellow to beige.
Polaroid 80 Chocolate
Polaroid 80 Chocolate is a sepia-like self-developing film that produces photos with purple-brownish tones.
Kodak Ektachrome (Cross-Processed)
Ektachrome is generally a balanced, neutral film. When cross-processed, the colors don’t shift much, but photos become brighter and more saturated (particularly the yellows and aquas).
Impossible Project PX 70
The Impossible Project’s PX 70 film produces instant photos, usually with cooler, washed-out, blue tones.
Fujichrome Velvia RVP100
Have you ever noticed the RVP100 in the Nashville filter border? That’s from Fujichrome’s Velvia RVP100 film. When processed normally, this film produces photos with a slight reddish, magenta, pink or purple tint.
Impossible Project PZ 680
This Impossible Project Film produces instant photos, usually with warmer orange or yellow tones.
Fujichrome Velvia 100F (Cross-Processed)
Velvia 100F provides the same colors as Velvia 50 when processed normally. When cross-processed, surprise! The colors shift in the opposite direction, resulting in warm, red-tinted photos.
Ilford XP2
Ilford XP2 film is a chromogenic (color-forming) film—one on which the final image is made of colored dye, allowing for a black and white photo with occasional blue undertones.
The next step was testing different combinations. We began researching film and camera pairings on Flickr, looking for the formulas that best matched what you’d get from Instagram. The winning combos found their way onto the final guide at the top of this blog. And yes, the photos we included are film, not Instagram. Awesome, right? Now grab some film, and get to shooting!
Additional tips
- There are lots of other factors that will affect your results—from the age of the film, to exposure of the shot, to the chemicals your photo lab uses when processing your film. That's the fun part though. You never know what you’re gonna get.
- Some vintage cameras have light meters and autofocusing to help you get the perfectly exposed, in-focus shot. Some don’t. Read your camera’s instruction manual (or search for one online) to learn the best practices for your camera.
- Here’s a great guide to cross-processing by the folks at Lomography.
Design Credit
Dan Kenneally, Liz GershmanPhoto Credits (all photos used with permission)
“Walden” - Photo by Leandro FornasirShared by livingdancing
Un tableau pour trouver son premier livre de #sf dans le top 100 de NPR. #viz
Over the summer, NPR solicited the input of its listeners to rank the top science fiction and fantasy books of all time. Over 60,000 people voted for the top picks which were then compiled into a list by their panel of experts. The result? This list of 100 books with a wide range of styles, little context, and absolutely no pithy commentary to help readers actually choose something to read from it.
We at SF Signal have, once again, come to the rescue. This flowchart is designed to help you follow your tastes, provide context, and fulfill (indeed exceed!) any need for pithy commentary you might harbor.
Designer's Note: This is the mightiest flowchart I have ever encountered let alone tried to develop. There are (obviously) 100 end points and over 325 decision points. A chart of this size presents a number of readability challenges. For people with lower resolution monitors, netbooks, or tablets, this 3800 x 2300 image is going to a scroll-fest. But it's totally worth it.
Update: Those looking for a printable version of this flowchart will find happiness here. This is a 300 DPI bitmap version that should print nicely on 11x17 tabloid paper. Warning! The file is 26MB compressed and a whopping 173MB when unzipped.
Update 2: As Neil Gaiman so astutely pointed out, the novel Stardust, unlike the movie, contains no pirates. Turns out he's an authority on the subject. This egregious error has been corrected and we'd love to appeal @neilhimself's ruling of this being not quite the greatest flowchart in human history.
Shared by livingdancing
Premo écoute les recréations de ses tracks d'Illmatic par @WillSessions. cc @mariaydolores
Shared by livingdancing
Où l'excellent @ntabebe nous parle de Blink 182, la madeleine de @_jeno s'étant avérée prémonitoire. #poppunk
Illustration by Dienstelle 75
(Photo: Chelsea Lauren/WireImage/Getty Images (Hoppus); Rex Features via AP Images (Delonge); Robb D. Cohen/Retna Ltd./Corbis (Barker)) |
It’s hard to overestimate quite how fondly a certain age group remembers Blink-182. The band’s breakthrough album, Enema of the State, was released in the summer of 1999; by the following summer, it had sold over 4 million copies. After you figure in singles, videos, CD-R burns, copies on repeat in friends’ cars and finished basements, this was apparently enough to create blanket immersion among America’s twenty-some million teenagers. The summer of 1999 was also the summer of American Pie, a movie in which the band had a cameo, and whose sensibility is a near-exact match for Enema of the State: green grass, sun, swimming pools, teen boys obsessed with and mildly terrified by sex, jokes about having sex with things that are not other humans, and a healthy side of toilet-oriented gags. This was middle-class teenage life as one great shiny kindergarten, only with alcohol, online pornography, and secondary sexual characteristics. Is it any wonder some people might look back with grins and embarrassment on that summer as a simpler, happier, more hilarious time? Or carry rosy memories of Blink-182 in roughly the same way people once carried rosy memories of the Tastee Freez and the drive-in theater?
The band was, after all, the standard-issue suburban pop-punk for people who are in their late twenties now—just as Green Day had been for people currently in their mid-thirties. Green Day had more sneering, sarcasm, and discontent, and eventually convinced themselves they had important thoughts on society. Blink-182 had puppyish enthusiasm, hearts on sleeves, bestiality jokes, much whining about girls, and hooks that sounded like someone doing cannonballs in a backyard pool in August. Strange as it seems, this is why the latter crew—now freshly united and primed to release a new album called Neighborhoods—has aged better.
Age was always their great theme; rarely was anything written, either by or about them, that wasn’t at least partly about maturity. More specifically: their lack of it, their attitude toward their lack of it, or their eventual wide-eyed exploration of it. Enema of the State began by tackling the following string of topics: a callow complaint about girls not always doing exactly what you wish they would, followed, ironically, by a complaint about getting dumped, then a song about aliens, then a song about a girlfriend leaving for college. Then: their hit single “What’s My Age Again?,” an anthem for the kinds of young men who get told to grow up multiple times a day. The speaker in that one chooses TV over sex, a topic that doesn’t much appear in Blink-182 songs except as a punch line.
Juvenile humor, deft hooks sung in that high whine that makes anyone sound like a goony adolescent—these are big favorites among suburban kids, but they’re not everything. The band’s great selling point wasn’t the scatological side of juvenilia; it was their tremendous sentimentality. And who’s more sentimental than adolescents? Blink-182 were generous enough to cater to that emotion without hauling out acoustic guitars and string sections to underline their sincerity. By the time they followed up Enema of the State with Take Off Your Pants and Jacket (any polysyllabic word in a Blink title was likely a dirty pun), they’d stopped being much-maligned man-children and were merely writing songs for the aid and comfort of those following in their footsteps—openly empathizing with teenagers in voices too nasal to sound like they were pandering. Between songs about first dates and fighting parents, all the boyish jokes could seem like a pressure valve, the equivalent of two stunted guys who just hugged a few moments too long and now need to punch each other to relax.
But every Eden requires a Fall. Eventually all three band members became fathers and made a “mature” album, and then the group split for a long hiatus. Over the years that followed, thanks in part to Judd Apatow, a significant chunk of the public became vocally irked by ubiquitous stunted man-children, comedies that indulged teenage boys, and immaturities we were somehow meant to find sympathetic and hilarious. The big teen-beloved rock bands called their albums things like The Black Parade and took themselves extremely seriously. The big teen-beloved TV shows featured high-school students who wore suits and kept dinner reservations. The American Pie franchise, for those keeping track, became an iffy, straight-to-DVD affair.
So you might not expect to feel parts of the music industry practically vibrating with high hopes for Neighborhoods. But keep in mind that there’s yet another form of nostalgia at work here: This is the return of a powerful brand, a big-time fixture from the final days of the music industry’s having blocks to bust, when rock bands could make fun of boy bands on MTV’s Total Request Live and sell millions upon millions of records. Plus: Neighborhoods is actually pretty decent. It’s one of those albums on which a group reunites as professionals and equals, each having gone off and collected his own interests via side projects, and then negotiates a sound that brings it all to bear: no-nonsense modern rock, serious but unpretentious, ambitious but full of the same easy hooks as ever. (The most grandiose thing about the album is the uncharacteristically sober polysyllabic word of the title.) The question, now, is something else: How many of the kids who grew up with this band feel like spending time with them again as adults? How many feel like going out for drinks with a fondly remembered class clown from their hometown, especially if he’s grown up?
Teenage fondnesses die hard, and the music industry rarely does poorly betting on nostalgia, so my guess is: plenty. Besides, if some of Blink-182’s fans find that the magic’s gone, well, at least now they know how to do stuff like paying bills and dating, right?
Neighborhoods
Blink-182.
Interscope.
September 27. $12.99.
Shared by livingdancing
Quelqu'un d'autre peut tester ces prédictions personnalisées de @hunch? Là pour moi c'est real scary.
Our latest infographic provides a “Hunch light” glimpse of how Teach Hunch About You (THAY) questions can help predict specific recommendations that you might like. Begin at “Start here,” answer each of the four sample THAY questions, and then follow one of the 16 result columns to see what Hunch predicts for you in 10 categories.
** CLICK ON THE GRAPHIC FOR A LARGER VERSION. **
A few things to note:
* In practice, THAYs are just one of many inputs that go into Hunch’s Taste Graph. So while this infographic is a fun exercise, your predictions will be much more accurate and nuanced if you log into Hunch and get predictions there.
* We used Hunch’s API (specifically, the ‘Get-recommendations’ call) to get the data for this infographic. Anybody is welcome to use the API for non-commercial use (contact us for commercial use), so feel free to explore and hack with it.
* There are only so many completely unique outcomes that will be predicted with just four basic THAY questions. For example, you may notice that National Geographic is the predicted magazine for two of the 16 columns. This means that an additional input (say, an additional THAY question, a rating you make on Hunch, or ‘like’ data that you let Hunch access from a social media site) would be needed to draw a distinction between those cases and predict two different magazines.
As always, kudos to our partners at Column Five Media for the great design on this infographic.
When you’re ready to see the full predictive ability of the Taste Graph, log in to see what recommendations Hunch will make just for you.
Shared by livingdancing
Pour The Onion, Facebook est un projet de la CIA. #lol #satire
According to the Onion, the U.S. Government loves us for using Facebook. The satire-based news organization has released a video that pokes fun at people’s willingness to share information on Facebook, claiming that it is a CIA-owned organization. The Onion also says that it has replaced much of the regular CIA operations and saves the intelligence organization huge amounts of money.
“The CIA has been so thorough in convincing the nation that constantly sharing information about everything that you’re doing is somehow desirable instead of deeply unsettling,” said Jason Copeland, an Onion political analyst in the video.
In a mock-congressional panel, the deputy CIA director explains that he was astounded that after years of covertly trying to dig up information on American citizens, the public has flocked to Facebook and willingly divulged intelligence that would have taken them months to compile through other means. A set of commentators in the video report agree, saying that the ability to check-in through Facebook makes keeping tabs on people far easier than in years past.
Onion reports are always fun, and for anyone who ever questions Facebook’s omnipresence in your friends’ lives, you will find this one particularly funny. The Onion even goes so far as to give Facebook CEO Mark Zuckerberg the government codename “Overlord” and call FarmVille a program to pacify recently out of work Americans. While I think all of this is hilarious, I couldn’t help but go check the privacy settings on my Facebook account and give a little shiver after watching the video.
RT @P45C4L: Dear movie industry, you're too late as usual, say hi to Movie.io — http://t.co/0HmfDs9M
The NSA Unchained [Infographic] http://t.co/p11lp2qf "Everydy, NSA intercepts & stores 1.7B emails, phone calls, text, & other elec comms" – John Amick (amickjohn) http://twitter.com/amickjohn/status/206976416074575872
Bon et demain soir, Nobody Cares (http://t.co/wy1keUhs) fera une émission spéciale Wes Anderson. Je vais donc de ce pas mater Bottle Rocket. – Iris (IrisKV) http://twitter.com/IrisKV/status/206806033966972928
Day after a UN-confirmed massacre of 32 kids, @nytimes front page pics are poppies, horses & golf. #Houlamassacre http://t.co/8nrJOYvR – Zeynep Tufekci (techsoc) http://twitter.com/techsoc/status/206731535095824384
Ohnoes! Et effectivement RIP snaptu. RT @CuriousHat Facebook veut racheter Opera ? Et quoi encore? http://t.co/LD6NpmFe via @wordpressdotcom
Social Media Tools List: +100 Social Media Tools | Socialnomics http://t.co/1pS4m2vZ #scma – Yan Luong (yan_luong) http://twitter.com/yan_luong/status/206641393584705537
Intersections. #Hipstamatic #JamesM #CanoCafenol http://t.co/pX00xr7k
Up in the air. #Hipstamatic #Watts #Pistil http://t.co/aweprsMV
Passerelle piétonne Nations-Sécheron. #Hipstamatic #KaimalMarkII #BlacKeysBW http://t.co/K5QTZU1t
starred items / from App Advice http://appadvice.com http://wpuploads.appadvice.com/wp-content/uploads/2012/05/Featured9.png